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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 10:00

Intimacy-by-Thomas-Blackshear.jpg Galette des rois chez les Michu le dimanche 8 janvier, jour de l’Epiphanie. Avec eux, Bajoues Profondes et Jean-Paul que mes lecteurs connaissent bien. Invité lui-aussi, Jacques des Lombards me présenta Circuit 24, un ancien pilote automobile amateur de jazz retombé en enfance. Héritant de la fève, Jean-Paul s’empara de la N.-Payton--Bitches-cover.jpgcouronne. Il apportait “Bitches”, le nouveau disque de Nicholas Payton que Philippe Etheldrède également présent s’est empressé de diffuser dans Jazz à Fip. Surprise, le trompettiste de la Nouvelle-Orléans remplit sa musique de soul, chante, joue tous les instruments et offre à Esperanza Spalding et à Cassandra Wilson de belles parties vocales. « On dirait un disque de Stevie Wonder » s’exclama Madame Michu qui nous sortit d’un placard “Fulfillingness’ First Finale”, l’un des grands opus de Stevie. Circuit 24 qui s’était jusque-là contenté de reproduire des bruits de moteur avec sa bouche exhiba alors de son Robert-Glasper--Black-Radio--cover.jpgblouson d’aviateur “Black Radio”, nouvel opus du pianiste Robert Glasper qui mêle allègrement soul, hip hop, et même rap, dans un festival de couleurs et de rythmes. Ces deux disques, Frédéric Goaty les chronique dans le nouveau Jazz Magazine / Jazzman. Bien vu Fred ! Ragaillardi par cette soul music festive, le couple Michu accompagné de Jean-Paul s’est finalement déplacé au concert privé que donnait Herbie Hancock à l’UNESCO le 30 janvier, pour lancer les célébrations du quarantième anniversaire de la Convention du patrimoine mondial. Le pianiste en profita pour confirmer  la date de la première Journée Internationale du Jazz, le 27 avril, sous l’égide de cette institution. Accompagné par la craquante Esperanza Spalding à la contrebasse, une vraie musicienne, Herbie joua How Deep is the Ocean, River de Joni Mitchell, Maiden Voyage et Cantaloupe Island. Une prestation un peu gâchée par un batteur people qui, incapable de bien jouer cette musique, de tenir les bons rythmes, la surchargea de coups de baguettes inutiles.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Mark-Murphy-c-Mitja-Arzensek.jpg-Mark Murphy au New Morning le 2 avec un trio, piano / contrebasse / batterie pour l’accompagner. Je ne peux vous communiquer leurs noms, le site du New Morning ne donnant pas d’autres indications sur ce concert. Plus très jeune, il aura 80 ans le 14 mars prochain et, malgré une voix moins assurée, reste l’un des grands chanteurs de jazz des années 60. Développant une technique d’improvisation très personnelle, il se montra le digne héritier de King Pleasure et d’Eddie Jefferson. Pour vous convaincre, écoutez “Rah”  (1961) arrangé par Ernie Wilkins et “Midnight Mood” (1967) superbement arrangé par Francy Boland, deux de ses meilleurs opus.

 

Thomas-Enhco.jpg-Musicien sincère et attachant, Thomas Enhco prend le temps de peaufiner son art pianistique. Le Sunside l’accueille le 2 et le 3 avec son trio, Chris Jennings à la basse et Nicolas Charlier à la batterie. Merci à Stéphane Portet qui nous permet de l’entendre souvent. Bientôt, de grandes salles plébisciteront un pianiste reconnu à sa juste valeur. Son prochain disque risque de surprendre. Normal, Thomas n’a-t-il pas surpris le jury du dernier Concours de Piano Jazz Martial Solal qui, enthousiaste, l’a gratifié du troisième prix ?

 

S.-Howard---Black-Label-Swingtet.jpg-Nourrie aux sources du gospel et du blues, Sylvia Howard, excellente chanteuse d’Indianapolis installée à Paris depuis plusieurs années, a rejoint il y a quelques mois le Black Label Swingtet qu’anime Christian Bonnet au saxophone ténor. Avec lui Georges Dersy à la trompette, Jean- Sylvain Bourgenot au trombone, Antoine Chaudron également au ténor, Jacques Carquillat au piano, Jean de Parseval à la basse électrique et Alain Chaudron à la batterie. La formation se produira le 3 au Petit Journal Montparnasse. Au programme, des standards, du swing, une musique généreuse et audible que le couple Michu applaudit des deux mains.

 

Vijay-Iyer-cDR.jpg -Les pianistes Vijay Iyer et Craig Taborn en duo le 4 dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Saint-Mandé (16 heures) dans le cadre du Festival Sons d’Hiver. L’un comme l’autre a un remarquable album solo à son actif. Vijay Iyer aime les notes tumultueuses, les accords dissonants. L’univers sonore de Craig Taborn est également abstrait, mais ses improvisations peuvent se faire rêveuses et romantiques. Pas évident pour deux pianistes de jouer ensemble, de faire naître une seule musique lorsqu’on ne pratique pas le même piano. Les deux hommes ont joué dans l’orchestre de Roscoe Mitchell et leur duo laisse espérer tous les possibles.  

 

ECM.jpg-Ne manquez surtout pas le quartette de Tord Gustavsen au Sunside les 4 et 5 février. Son piano trempé dans le blues, Tord publie un 5ème enregistrement sur ECM, “The Well”, un florilège de mélodies simples influencées par les vieux hymnes protestants des pays scandinaves. A son trio habituel, Mats Eilertsen (contrebasse) et Jarle Vespestad (batterie) s’ajoute Tore Brunberg dont le saxophone ténor sonne un peu comme celui de Jan Garbarek, Tore ayant comme lui une approche mélodique de l’instrument. On lira la chronique de l’album dans le Jazz Magazine / Jazzman de février qui vient de Duke Ellington paraître, un Choc assurément.

 

-Seconde partie de la conférence de Philippe Baudoin consacrée aux mystères des compositions ellingtoniennes au Collège des Bernardins le 6 à 19h00. En date du 7 février 2011, la précédente s’était révélée passionnante. Sérieux, érudit, mais surtout clair dans ses explications, Philippe connaît à fond son sujet. On se précipitera 

Mark-Turner.jpg

 

-Mark Turner, le saxophoniste de Fly dont on attend le nouvel album en avril, au Duc des Lombards le 6 et le 7 à la tête d’un quartette inédit. Outre Joe Martin à la contrebasse (il accueille Brad Mehldau et Chris Potter dans son dernier disque “Not By Chance”) et Marcus Gilmore le batteur du trio de Vijay Iyer, le saxophoniste a choisi de dialoguer avec Avishaï Cohen, un trompettiste de haute volée membre du fameux S.F. Jazz Collective. N’hésitez pas à vous déplacer pour découvrir le jazz moderne et inventif de ces quatre musiciens qui excellent dans l’échange.

 

Ahmad-Jamal-c-Jacques-Beneich.jpg-Ahmad Jamal au Théâtre du Châtelet le 9. Avec Reginald Veal (contrebasse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena (percussions), le pianiste vient jouer “Blue Moon” (Jazz Village), son nouvel album paru deux jours plus tôt. On ne présente plus cette légende vivante qui en 1951 fonda le trio qui le rendit célèbre. Aujourd’hui âgé de 81 ans, Ahmad reste un sage dont la modernité de la musique ne cesse d’étonner. Très réussi, son nouvel opus renferme quelques standards qu’il interprète à sa manière sur une trame harmonique et rythmique qui est sa marque de fabrique, mais aussi des compositions nouvelles au sein desquelles le funk est plus marqué que d’habitude. Le grand changement reste toutefois le départ de James Cammack remplacé par Reginald Veal après vingt-sept ans de bons et loyaux services. Enrichie par une tension, un mouvement permanent, la musique d’Ahmad Jamal conserve intacte sa fraîcheur.

 

Alexis-Tcholakian.jpg -Alexis Tcholakian au Sunside le 15 avec Felipe Cabrera à la contrebasse et Lukmil Perez à la batterie dans un programme consacré aux compositions de Michel Petrucciani. Pianiste secret aux harmonies raffinées et élégantes, Alexis s’inspire beaucoup de Bill Evans dont la musique transparaît dans son jeu de piano. Michel appréciait beaucoup Bill. Dédié à ce dernier, son disque “Oracle’s Destiny” en témoigne plus spécialement. Reprendre le répertoire de Petrucciani c’est se rapprocher d’Evans, relier entre-elles des musiques qui se suivent et se nourrissent mutuellement.

 

Steve-Kuhn.jpg-Après s’être produit au Duc en février 2011, Steve Kuhn nous rend à nouveau visite, le New Morning l’accueillant le 14 en quartette. Il retrouve David Finck son bassiste habituel – Dean Johnson le remplaçait l’an dernier – , conserve Joey Baron son batteur et s’adjoint Donny McCaslin au saxophone. Influencé par Bud Powell et Bill Evans, Kuhn peut aussi bien jouer un piano aux harmonies ancrées dans la tradition du bop que du jazz modal. Son jeu lyrique ressemble alors à celui de McCoy Tyner. Il rend d’ailleurs hommage à John Coltrane dont il fut quelques mois le pianiste dans son dernier enregistrement pour ECM (“Mostly Coltrane”, 2009). CONCERT ANNULÉ

 

Jim-McNeely.jpgRiccardo-Del-Fra.jpg-Jim McNeely ne vient pas non plus très souvent. La dernière fois c’était en mars 2009 au Sunside, club qu’il retrouve le 15 au sein d’un trio comprenant Ariel Tessier à la batterie et son complice Riccardo Del Fra à la contrebasse. Ce dernier l’avait alors invité à animer une master class au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (cnsmdp) qu’il dirige. Remarquable pianiste privilégiant les lignes mélodiques qu’il aime fluides et aérées, McNeely est aussi un arrangeur qui travaille depuis quelques années avec de grands orchestres européens. Il fut le pianiste du Thad Jones / Mel Lewis big band, de Stan Getz et de Phil Woods. Autant de bonnes raisons de venir l’écouter.

 

Delbecq-Band-c-Igor-Juget.jpg-Au croisement du jazz et d’autres musiques, Benoît Delbecq est un des rares pianistes à posséder un langage original. Adepte du piano préparé, créateur de sons et d’univers sonores, il ne joue quasiment jamais de standards, préférant improviser une musique neuve dont les points d’ancrage avec l’Afrique sont nettement perceptibles. Enregistré en sextette “Crescendo in Duke” son nouveau disque est pourtant entièrement consacré à Duke Ellington. Il en jouera la musique le 16 au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry dans le cadre du Festival Sons d’Hiver. Avec lui, les musiciens de l’album, trois souffleurs Tony Coe, Tony Malaby et Antonin Tri-Hoang (saxophones et clarinettes basse) auxquels s’ajoutent deux compagnons de longue date, Jean-Jacques Avenel (contrebasse) et Steve Argüelles (batterie et électroniques).

 

Bobby-Few.jpg-Thelonious Monk nous a quitté il y a 30 ans, le 17 février 1982. Du 17 au 22, le Sunside le fête en invitant des pianistes à jouer sa musique. Bobby Few l’a connu, comme Steve Lacy également disparu dont il fut le pianiste. En trio avec Harry Schwift (contrebasse) et Ichiro Inoe (batterie), il ouvre le 17 cette nouvelle série de concerts. Le 18, c’est au tour de Laurent de Wilde de jouer Monk avec Bruno Rousselet (contrebasse) et Philippe Garcia (batterie). Laurent Coq leur succède le 21, Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) complétant son trio. Alain Jean-Marie prend la suite en quartette avec Pierrick Pedron (saxophone alto), Gilles Naturel (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie).

B. Maupin © Philippe Etheldrède

 

-Saxophoniste, Bennie Maupin joue du ténor et du soprano, mais aussi de la flûte, de la clarinette et de la clarinette basse. C’est sur ce dernier instrument que l’on peut l’entendre dans “Bitches Brew”, l’un des disques phares de Miles Davis. Rejoignant Herbie Hancock au début des années 70, il participa à son sextet électrique puis à ses Headhunters avec lesquels le pianiste connut un grand succès. Ce dernier joue des claviers dans “The Jewel in the Lotus” (1974), un des rares disques que Maupin publia sous son nom. Il sera au Duc des Lombards les 24 et 25 avec Hanka Rybka (chant), Michal Tokaj (piano), Michal Baranski (contrebasse) et Lukasz Zyta (batterie et percussions).

 

Luis-Perdomo.jpg- Membre du groupe de Miguel Zenón qu’il accompagne dans son récent “Alma Adentro : the Puerto Rican Songbook”, Luis Perdomo est aussi le pianiste de Ravi Coltrane qui vient de produire “Universal Mind” son quatrième disque, en trio avec Drew Gress et Jack DeJohnette, musiciens très stimulants. Perdomo sera au Sunside le 28 pour jouer ce nouvel opus. Avec lui les membres de son trio habituel, Hans Glawischnig à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie, ce qui n’est presque pas plus mal. 

 

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Petit Journal Montparnasse : www.petitjournalmontparnasse.com

-Sons d’hiver : www.sonsdhiver.org

-Collège des Bernardins : www.collegedesbernardins.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

 

  

CREDIT PHOTOS : Bandeau : "Intimacy", peinture de Thomas Blackshear - Mark Murphy © Mitja Arzensek - Tord Gustavsen Quartet © Hans Fredrik Asbjørnsen - Ahmad Jamal © Jacques Beneich - Benoît Delbecq Sextet © Igor Juget - Bobby Few © Juan Carlos Hernandez - Bennie Maupin © Philippe Etheldrède - Thomas Enhco, Mark Turner, Steve Kuhn, Jim McNeely, Riccardo Del Fra © Pierre de Chocqueuse -  Vijay Iyer & Craig Taborn, Duke Ellington, Alexis Tcholakian, Luis Perdromo  © X/D.R.

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Edito tout beau
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 10:32

Laurent de Wilde (gde)MERCREDI 18 janvier

Quatre concerts donnés par Laurent de Wilde au Duc des Lombards avec Ira Coleman à la contrebasse et Clarence Penn à la batterie pour peaufiner de nouvelles compositions. Le trio les a enregistrées dans la foulée au studio Plus 30 Ira-Coeman.jpgdans le 19e arrondissement de Paris. L’album, le premier sous ce format depuis “The Present” en 2006, s’intitule provisoirement “Over the Clouds”, titre d’un morceau très africain introduit par un solo de piano, l’instrument partiellement préparé à la patafix sonnant comme un balafon. La contrebasse y tient une place importante. On trouve Ira Coleman sur plusieurs disques de Laurent dont “Open Changes” (1992) et “Colors of Manhattan” (1990) réédités cette année. Il fut le bassiste des derniers albums de la formation de Tony Williams disponibles dans un coffret Mosaïc à l’exception du très recherché “Tokyo Live”.

 

Laurent-de-Wilde-a.jpgCe nouvel album, le pianiste nous avait annoncé qu’il contiendrait « des morceaux très rythmiques, louchant sur l’afro-beat comme sur l’électro, mais aussi du blues et des ballades. » Il tint parole, et nous les présenta au Duc en avant-première, prenant le temps de nous les expliquer. Le second concert du mercredi 18 débuta par Le bon médicament, une ballade romantique, une mélodie que la main droite du pianiste égraine et développe dans l’aigu. Le disque contiendra deux reprises : la première est une version légèrement funky de Prelude to a Kiss (Duke Ellington) ; la seconde une composition très chaloupée de Fela Kuti, Fe Fe Naa Efe. Ira Coleman utilise une basse électrique et dans la version que comprendra l’album, la contrebasse de Jérôme Regard et la batterie de Laurent Robin se rajoutent au trio, Laurent posant ainsi ses harmonies sur un véritable tapis rythmique. D’inspiration africaine, un morceau co-écrit par Laurent et Ira ne porte pas encore de titre. Ce dernier lui donne un Clarence Pennrythme particulier en jouant un ostinato de basse avec une croche de retard. Autre découverte, un blues baptisé provisoirement Some Kind of Blues, introduit par un pianiste qui aère ses notes et les fait magnifiquement sonner. Le nouveau disque comprendra une reprise très rapide d’Edward K. précédemment enregistré par Laurent dans “Spoon-a-Rhythm” en 1996, ainsi qu’une pièce inspirée par la récente tragédie de Fukushima, New Nuclear Killer, du bop énergique et ternaire. Nul doute à l’écoute de ces morceaux que ce nouvel opus attendu fin mars (Gazebo / L’autre distribution) constituera un des évènements jazzistiques du printemps.

 

Photos © Pierre de Chocqueuse     

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Vu et Entendu
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 15:32

Michel Sardaby aUne visite à Michel Sardaby, l’occasion de le faire parler de sa musique, de sa longue carrière, d’offrir une tribune à un musicien sincère et exigeant que l’on invite trop peu à jouer dans les clubs et dont les disques, introuvables en France, se négocient à prix d’or au Japon. Depuis peu disponible sur CD et LP (double), un florilège des morceaux du pianiste que préfèrent ses enfants motive cette interview. 

 

Michel Sardaby bLe sourire jusqu’aux oreilles, Michel me reçoit chez lui, dans l’appartement qu‘il occupe depuis 1986 rue Carpeau à Paris. « J’ai tout aménagé moi-même. J’ai conçu et fabriqué mes meubles, mon lit, mes placards… » Le piano du salon dans lequel il m’introduit est celui que possédait son père à Fort-de-France, un Pleyel modèle F de 1934, cadre métallique, cordes croisées. « Mon père me l’a offert. Il était concessionnaire de la marque et excellait au piano. À la Martinique, la musique est la base de notre culture. On chante, on fredonne continuellement. On écoutait Duke Ellington, Django Reinhardt à la radio mais aussi Yvonne Blanc, Tino Rossi et de la musique classique qu’il fallait écouter en silence. J‘avais un don pour le piano, mais un don peut être un handicap si l’on n’acquiert pas les moyens de le faire évoluer. Ma mère voulait que je prenne des leçons. À 13, 14 ans, j’en ai pris trois avec un professeur très sévère. Il m’a appris à jouer After You’ve Gone et Old Black Joe (rires), mais la musique m’habitait déjà. J’approchais la virtuosité, mais je ne savais pas déchiffrer une partition. Lorsque je me suis retrouvé à Paris pour poursuivre mes études artistiques à l’école Boulle, j’ai pallié cette déficience en suivant sérieusement des cours de solfège, le soir, à la mairie du Xème, trois ans d’études que j’ai effectués en un an. »

 

Michel Sardaby, coverLe but de ma visite est un disque autoproduit par Michel qui n’a pas encore de distributeur, mais que l’on peut trouver dans quelques FNAC parisiennes (Monparnasse, Ternes, Halles) et chez Crocojazz, rue de la montagne Sainte-Geneviève. “The Art of Michel Sardaby” n’est pas une nouveauté, mais une sélection de morceaux tirés de sa discographie. Le choix est celui de sa seconde fille Patricia. « Conseillée par Gilles Coquempot de Crocojazz, elle a choisi les morceaux qui la touchaient le plus, se faisant aider par Charles Duprat pour les photos et Patrick Tanguy pour la maquette. J’ai laissé faire. Un disque ne reflète jamais ce dont un musicien est capable, bien que certains enregistrements traduisent une certaine vérité. Tu manges du lapin aujourd’hui, du poulet demain. La vérité, c’est la chair du lapin ou du poulet, pas les ingrédients qui l’accompagnent et en relèvent le goût. Ces morceaux reflètent mon travail, mon évolution, le désir que j’ai de faire de la musique. Mes moyens financiers ne me permettaient pas de me payer de longues séances. Mes disques ont tous été enregistrés en deux fois trois heures, après trois heures de répétition. Les morceaux sont tous des premières ou secondes prises. Il était rare d’en faire une troisième. »

 

Ceux que contient “The Art of Michel Sardaby” s’étalent de 1965 à 2004, année au cours de laquelle, un de ses disques “At Home” – avec Ray Drummond et Winard Harper – , a été fait dans son salon. « Sardaby’s est un morceau enregistré spontanément comme la plupart de ceux que contiennent mes disques. C’est Winard qui m’a suggéré le titre. » 1965, c’est l’enregistrement de “Blue Sunset”, le premier disque de Michel produit par Henri Debs. « Beaucoup plus tard, dans les années 90, mon producteur japonais l’a rebaptisé “Con Alma” y ajoutant des titres enregistrés en concert avec Michel Finet à la contrebasse et Philippe Combelle à la batterie. Brother Bill, je l’ai écrit pour Bill Baskerville qui possédait le Pancake Palace rue Fromentin près de Pigalle. J’y ai joué avec Clark Terry et Stuff Smith et j’en garde un très bon souvenir »

 

Michel Sardaby eL’album s’ouvre sur Song for my Children, une composition de 1972 écrite pour ses enfants. « Lorsqu’ils étaient petits, je les faisais chanter. Ils ont tous l’oreille musicienne, surtout Patricia. J’aime les bons chanteurs, les bonnes chanteuses. Il y en a peu aujourd’hui. Le chant est la racine, l’essence de toute musique. Avant de jouer une note, tu la chantes intérieurement, tu l’entends naître en toi. » Enregistré avec Richard Davis à la contrebasse, Billy Hart à la batterie et Leopoldo F. Fleming aux percussions, Song for my Children fait partie de “Gail”, un des enregistrements new-yorkais de Michel qui, chose inhabituelle – c’est la seule fois qu’il l’utilise dans ses disques – , joue du Fender Rhodes. « Ce morceau possédait un climat qui convenait bien à cet instrument vivant qui possède un vrai son. » Le blues dans les doigts, Michel en tire de magnifiques sonorités cristallines. « Il y a du blues dans tout ce que je joue. Avec le blues, j’ai l’espace, le silence, le tempo, le rythme, le swing. C’est ce que l’on devrait enseigner en priorité dans toutes les écoles. »

 

Night-Cap--cover.jpg Le blues imprègne totalement Night Cap enregistré deux ans plus tôt en 1970 à Paris avec Percy Heath et Connie Kay. « Nous étions en harmonie, en osmose de sensibilité. » Michel ne charge pas inutilement de notes la ligne mélodique de ce morceau qui donne son titre à son disque le plus célèbre, mais le fait constamment chanter. « Lorsque je compose, je pense au chant, aux paroles. Si tu joues un standard, tu dois les connaître, même si elles sont nulles. Ton exécution s’en ressentira si tu les ignores. Il y manquera quelque chose. » Autre extrait de “Night Cap” « mon disque fétiche, celui qui a été partout reconnu », I’m Free Again est une ballade dans laquelle Percy Heath joue une magnifique ligne de basse. Connie Kay pose délicatement le rythme aux balais. Embelli par de tendres notes perlées, trempé dans le blues, le solo de Michel est un moment inoubliable : « C’est en écoutant Dexter Gordon interpréter des ballades que j’ai appris à bien les jouer. Art Taylor était à la batterie. Ça swinguait avec Art. Travailler avec Kenny Clarke a également été une belle expérience. »

 

Michel-Sardaby-f.jpgCar parallèlement aux cours qu’il suivait à l’école Boulle dont l’enseignement fut pour lui un véritable éveil, Michel fit son apprentissage dans les clubs de la capitale avec les musiciens américains de passage. « J’ai accompagné entre autres Jay Jay Johnson au Blue Note de la rue d’Artois, la chanteuse de blues Mae Mercer, les bluesmen T-Bone Walker et Sonny Boy Williamson… J’ai appris à m’entendre, à jouer moins de notes pour rendre mon jeu plus fluide. j’étais à bonne école pour écouter, apprendre des choses. » Comme son nom l’indique, Dexterdays, un extrait de l’album “Straight On”, est dédié à Dexter Gordon. Michel l’enregistra en quintette aux Alligators en 1992. La trompette de Louis Smith répond avec lyrisme au saxophone ténor de Ralph Moore. Michel arbitre leurs échanges, plaque les bons accords à l’écoute des solistes, mais aussi de la rythmique, Peter Washington et Tony Reedus qui font corps avec lui. Elégant, inspiré, son chorus interpelle.

 

Michel-Sardaby-c.jpgDeux titres live enregistrés avec Pierre Dutour à la trompette, Alain Hatot au ténor, Henri Tischitz à la contrebasse et Michel Denis à la batterie complètent cette sélection. « Je jouais avec eux Aux Trois Mailletz. Pierre Dutour et Alain Hatot sont d’excellents musiciens. Ce disque, “Five Cats’ Blues”, est pour moi aussi bon que celui que j’ai fait en quintette avec Ralph Moore. Ses mélodies, ses compositions me sont venus naturellement. C’est une simple maquette, une musique spontanée. Un des fils Bolloré qui jouait du saxophone baryton l’a enregistré sur un Grundig. On répétait l’après-midi dans une salle du Centre Culturel Américain, rue du Dragon. À l’époque, on réalisait une démo à l’attention d’une maison de disques. Si elle plaisait, une vraie séance d’enregistrement était planifiée. J’avais confié cette bande au directeur des disques Président qui, sans nous signer de contrat, l’a sortie sans nous prévenir. »

 

M.-Sardaby.jpgJe ne peux m’empêcher de demander à Michel pourquoi il n’a pas enregistré de disque en solo. « Il me faut du temps. J’ai fait un AVC l’an dernier. J’en conserve quelques séquelles au niveau des mains, surtout de la droite que je récupère progressivement. Peu avant mon accident, en mars 2011, avec Hassan Shakur à la contrebasse et Alvin Queen à la batterie, nous sommes allés en studio sans trop savoir ce que nous allions jouer. Nous avons improvisé, joué des standards, mes compositions spontanément comme dans un club. Ces morceaux, je les interpréterais différemment si je les rejouais. C’est la photographie d’un moment, de mon désir de jouer, de faire de la musique. Le disque s’intitulera “Nature” et sortira au Japon sur Sound Hills Records. »     

 

Diplome-M-Sardaby.jpg Excellent pédagogue, Michel Sardaby a eu de nombreux élèves parmi lesquels des pianistes aujourd’hui célèbres. Il préfère taire leurs noms. On craint son franc-parler, son exigence. « Avec moi, on travaille. Les cours durent 2 heures 30, 3 heures. Je dérange. J’ai appris à monter au ciel sur une corde lisse que l’on m’a souvent graissée. J’ai voulu faire partager mon expérience, apporter des choses à tous ces jeunes qui ont besoin d’être aidés. Il n’y a pas d’abstrait sans concret, sans racines. Vous voulez vous exprimer mais qu’est-ce que l’expression ? Vous voulez improviser mais qu’est-ce qu’une improvisation ? Ces questions, je les pose à mes élèves. J’essaye de leur faire entendre ce qu’ils jouent, les harmoniques, l’écho du silence. C’est tout un travail de prise de conscience, un fil d’Ariane très enchevêtré mais logique à démêler. Le premier conseil que je leur donne, c’est de se révéler à eux-mêmes. Quand je joue, je m’enseigne moi-même, je m’écoute au piano, je suis en même temps percepteur, émetteur et récepteur. Mon père me disait : tu dois apprendre à écouter et à entendre. La note, c’est la manière dont elle est attaquée, sa résonance qui la rend juste. Je préfère une fausse note qu’une note fausse m’obligeant à émettre une expression qui n’est pas la mienne. La fausse note dans le jazz te permet d’évoluer. »

 

Pour contacter Michel Sardaby : michel.sardaby@orange.fr

 

Crédits photos : “The Art of Michel Sardaby” photo © Charles Duprat. Autres photos de Michel Sardaby © Pierre de Chocqueuse

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Interview
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 10:38

Remise-des-Prix-2011-c-Phil-Costing.jpgMERCREDI 11 janvier

Représentants du Ministère de la Culture et des sociétés civiles, musiciens, producteurs, responsables de maisons de disques, éditeurs d’ouvrages musicaux, agents artistiques, journalistes, sans oublier les Le Président Lacharmequelques inévitables pique-assiettes dont un certain Edouard Marcel s’étaient donné rendez-vous au foyer du théâtre du Châtelet qui accueillait pour la sixième année consécutive l’Académie du Jazz et sa remise de prix. « Attendez-vous à plus de cantiques que de sermons » prévint son président François Lacharme dans son discours d’introduction. Il tint parole. Nous eûmes davantage de musique et moins de bla-bla que les précédentes années.

J.L. Choplin & G. Nouaux © Ph. Marchin

 

Comme l’an dernier, Le directeur du Châtelet, Jean-Luc Choplin, remit le Prix du Jazz Classique. Peu bavard, ayant toutefois une pensée délicate pour Olivier Brard le distributeur de son album décédé le 23 décembre, Guillaume Nouaux son heureux récipiendaire nous fit, en solo, une démonstration de batterie néo-orléanaise, avec une reprise de Lil’Liza Jane, un extrait de l’album récompensé.

 

C.-Carriere---Joel-Mettay.JPGAlain Pailler souffrant n’ayant pu faire le déplacement, Joël Mettay son éditeur (Editions Alter ego) reçut son Prix du livre de Jazz des mains de Claude Carrière, admirateur et spécialiste de Duke Ellington. Un choix judicieux, le livre récompensé a pour sujet Ko-Ko, non le gorille qui parle, mais la composition que le Duke enregistra en 1940, « une partition d’une puissance jusqu’alors à peu près inconnue dans le monde du jazz ». Je cite Alain Pailler dont le livre était en compétition avec ceux de Pascal Anquetil (“Portraits légendaires du jazz”), Alain Gerber (“Je te verrai dans mes rêves”) et Jacques Réda (“Le grand orchestre”).

 

Jean-Louis-Chautemps.jpgLe coffret Stan Getz édité par Verve obtint le Prix de la Meilleure Réédition. Ses photos, le soin apporté à sa mise en page, ses reproductions de pochettes de David Stone Martin le rend très attractif. Aucun amateur de jazz ne contestera son contenu. Il renferme “Stan Getz Plays” l’un des chefs-d’œuvre du saxophoniste. J’aurai pour ma part aimé voir aussi récompenser les “Bootleg Series Vol.1” de Miles Davis, mais son livret peu épais, sa présentation peu soignée ne jouèrent pas en faveur des flamboyants concerts européens de 1967 du trompettiste. Getz primé, Jean-Louis Chautemps monta sur scène avec son ténor pour nous parler et imiter son style. Reproduite dans le “Stan Getz d’Alain Tercinet, une photo de Jean-Pierre Leloir montrant Getz face à Lester Young au Blue Note en 1959 fut le point de départ d’une évocation nous conduisant de la rue d’Artois à Orly, Chautemps, boute-en-train infatigable, essayant de nous faire croire que l’aéroport avait inspiré à Getz son célèbre Orly Autumn (Early Autumn).

Stephane-Papinot-c-Ph.-Marchin.JPG

 

Le prix du Jazz Vocal revint sans surprise à Gregory Porter, nouveau venu sur la scène du jazz largement plébiscité par les académiciens. Dans une brève séquence filmée, le chanteur qui s’était récemment produit au Duc des Lombards nous fit part de son plaisir à recevoir cette récompense. Attaché de presse d’Integral qui en France distribue le label Motema, Stéphane Papinot récupéra le trophée, nous prévenant de la sortie d’un nouvel album fin février et d’un concert à la Cigale le 2 juin.

Mika-Shino---F.-Lacharme.JPG

 

Appelée sur scène par François Lacharme, Mika Shino conseillère spéciale de Herbie Hancock annonça officiellement le lancement de la première Journée Internationale du Jazz sous l’égide de l’UNESCO dont Herbie est Ambassadeur de Bonne Volonté. Désignant l’Académie du Jazz comme partenaire officiel, elle invita la communauté du jazz français à la rejoindre le 27 avril 2012, date choisie pour cette manifestation.      

 

Très ému, Michel El Malem reçut le Prix du Disque Français. On n’attendait pas Michel El Malemce challenger encore peu connu du public à la plus haute marche du podium, mais l’excellence de son album – une séance en état de grâce dont Marc Copland est le pianiste – lui fit obtenir ce prix âprement disputé. Lors des votes, “Reflets” l’emporta d’une seule voix sur “Contrapuntic Jazz Band” de Gilles Naturel au troisième tour de scrutin. En compagnie des musiciens de l’album - Michael Felberbaum à la guitare, Marc Buronfosse à la contrebasse et Luc Isenmann à la batterie - mais sans Marc Copland que Bruno Angelini remplaça au piano, Michel (au soprano) nous offrit une version écourtée de Reflets approchant celle, magique, que l'on trouve sur le disque.

 

Patrice-Caratini.jpgL’Académie du Jazz a l’habitude d’honorer ses disparus. Après avoir rendu hommage l’an dernier à Mimi Perrin, Jean-Pierre Leloir et Mike Zwerin elle ne pouvait ignorer le décès le 1er novembre dernier d’André Hodeir, son premier président. S’il n’a pas été possible de réunir pour cette remise de prix le Jazz Ensemble de Patrice Caratini, formation à même de recréer fidèlement et dans de parfaites exécutions sa musique, un film prêté par l’INA nous montra le compositeur au travail dirigeant son Jazz Group de Paris. En présence de Madame André Hodeir et de deux de ses filles, Patrice Caratini nous parla longuement du musicien, champion de ping-pong de Seine-et-Oise dans les années 40 qui, pour mieux capturer l’essence du jazz, allait jusqu’à écrire les chorus de ses solistes.

 

C. Zavalloni & F. BearzattiLe dessinateur Cabu remit à Francesco Bearzatti le Prix du Musicien Européen décerné en commission. Un choix pertinent car il récompense un musicien qui a fait beaucoup parler de lui en 2011. On l’a récemment entendu au sein de Mo’Avast, la formation du contrebassiste Mauro Gargano, mais aussi dans le Nord Sud Quintet d’Henri Texier. Le saxophoniste italien nous gratifia d’un superbe solo de ténor et invita Cristina Zavalloni, une compatriote, à le rejoindre pour deux pièces improvisées révélant le talent d’une chanteuse habituée aux sauts d’octaves et aux vocalises, aux difficiles exigences de la musique contemporaine.

 

Ambrose Akinmusire, coverLe trompettiste Ambrose Akinmusire n’avait pu faire le déplacement pour recevoir le Grand Prix de l’Académie du Jazz couronnant le meilleur disque de l’année. A l’issu d’un troisième tour de scrutin très serré, une seule voix séparait “When the Heart Emerges Glistening” présenté par François Lacharme comme « un disque qui se mérite, s’écoute et se découvre, même s’il peut dérouter de prime abord » d’“Excelsior”, enregistrement en solo de Bill Carrothers. Les amateurs de piano avaient voté pour le disque admirable du pianiste, parvenant presque à le hisser au sommet. A la grande joie de ses partisans, l’album d’Akinmusire termina premier. Les remerciements très brefs mais sincères d’un trompettiste heureux nous parvinrent en images.

 

Sharrie-Williams-c-Ph.-Marchin.JPGDéjà primé par l’Académie du Jazz en 2004, le chanteur R. Kelly obtint le Prix Soul pour son disque “Love Letter”. S’il n’avait pu se déplacer, Sharrie Williams, une chanteuse du Michigan, avait fait le voyage pour recevoir le Prix Blues. Membre de l’Académie et directeur de publication de la revue Soul Bag, Jacques Périn put donc le lui remettre. Sharrie remercia Dieu, sa famille, l’Académie du Jazz puis nous fit passer un extraordinaire moment grâce à sa voix aussi puissante que magnifique. Sa version émouvante de God Bless the Child nous remplit d’émotion. Avec elle, Alain Jean-Marie au piano, « aussi princier que d’habitude » pour citer Jean-Louis Wiart, un homme de goût et de culture, posait délicatement les accords du thème, l’effeuillant avec une grâce sans nulle autre pareille.

 

M.-Delpech--F.-Lacharme---N.-Le-c-Ph.-Marchin.JPGComme l’an dernier, le très attendu et convoité Prix Django Reinhardt fut attribué à un guitariste, à un musicien expérimenté dont le nom revenait souvent dans les pré-listes de l’Académie du Jazz. « Un prix qui t’arrive un peu tard, mais que je suis très heureux de te voir décerner » déclara François Lacharme à Nguyên Lê, le récipiendaire de cette récompense prestigieuse. Le chanteur Michel Delpech le remit au guitariste dont le dernier enregistrement, “Songs of Freedom”, est le moins jazz de sa carrière. En duo avec le bassiste Linley Marthe, Nguyên interpréta Pastime Paradise de Stevie Wonder juste avant que ne s’ouvrent les portes conduisant au cocktail « après le bla-bla, le glou-glou » les derniers mots du Président invitant à poursuivre la fête la bouche pleine et le verre à la main, Jonas, le vin du Gard de Philippe Briday (Domaine Combe de la Belle), 100% Grenache, remportant un franc succès. 

 

Sebastien-Belloir---Emilie-Manchon.jpgAlex Dutilh et Seydou Barry © Ph. Marchin

 

 

A gauche, Sébastien Belloir devenu attaché de presse indépendant (Anteprima, ObliqSound, ACT) après s'être occupé du label ECM avec Marie-Claude Nouy. La jolie fille au sourire soleil s'appelle Emilie Manchon. Elle remplace François Guyard chez ECM. Avec elle, le label munichois risque de devenir très populaire. Tous les prétextes seront bons pour faire un tour rue des fossés Saint-Jacques. Sur la photo de droite, Alex Dutilh (Open Jazz) et Seydou Barry (le manager d'Ahmad Jamal) ont le rire jusqu'aux yeux.

J. Périn & S. Williams ©Ph. MarchinGlenn FerrisJ.L.-Lemarchand-c-Ph.-Marchin.JPGJacques Périn (Soulbag, Académie du Jazz), visiblement heureux de passer cette soirée avec Sharrie Williams. Au centre, tout droit sorti des coulisses, le plus français des trombonistes américains, Glenn Ferris lève le coude à la santé de l'Académie. Réquisitionné pour tenir le bar, Jean-Louis Lemarchand, académicien multicartes, a fort à faire pour satisfaire un aréopage d'assoiffés.

Mika ShinoMisja Fitzgerald Michel, Michèle Feriaud Dany Michel © PhJ'ignore le nom de la jolie blonde qui accompagne Mika Shino, mais cette représentante de l'UNESCO attire comme un aimant. Sur la photo de droite, Misja Fitzgerald Michel et son père Dany Michel entourent Michèle Feriaud (Batida and Co.). Guitariste, Misja sort un nouvel album le 13 février, "Time of no Reply" (No Format!/Universal), consacré à la musique de Nick Drake.

Susanna-Bartilla.jpgNicolas-Petitot.jpgClotilde-Rullaud.jpgA gauche, la charmante Susanna Bartilla qui parle plusieurs langues à la perfection. Son activité de traductrice ne l'empêche pas de chanter. Après un disque consacré à Johnny Mercer, elle s'apprête à enregistrer certains thèmes du répertoire de Peggy Lee. Au centre Nicolas Petitot, un amateur de vin jaune. Blang Music, sa petite maison de disques abrite "This is You", une rencontre superbe entre le pianiste Tom McClung et le saxophoniste Jean Jacques Elangué. A droite, le joli minois de Clotilde Rullaud saisi in extremis par mon objectif. Clotilde chante Gainsbourg, Sting, Vinicius de Moraes et d'autres encore. "In Extremis" est aussi le nom de son disque.

Arnaud-Merlin---Andre-Francis.jpgPh.-Gaillot---D.-Fillon-.jpgCommissaire-Maigret.jpgArnaud Merlin et André Francis, tous deux membres de l'Académie du Jazz. André en est d'ailleurs le doyen, mais sa jeunesse d'esprit en fait presque un jeune homme. Au centre avec le pianiste Dominique Fillon, Philippe Gaillot, un ingénieur du son aux très grandes oreilles. Yaron Herman, Jacky Terrasson enregistrent chez lui, au Studio Recall. A droîte, barman d'un soir, mais véritable commissaire, l'irremplaçable Pierre Maigret, imbattable pour repérer les pochtrons.

Michel-Contat---Jacques-des-Lombard.jpgChristophe-Chenier--Miles-Yzquierdo.jpgNon ce n'est pas Judex, immortalisé par Georges Franju dans le film du même nom, mais Michel Contat qui rend justice au jazz dans les colonnes de Télérama. Avec lui, Jacques des Lombards, passionné de jazz (free) et de courses automobiles. Sur le cliché de droite, Christophe Chenier de l'AFP semble se désintéresser totalement de sa voisine, la charmante Miles Yzquierdo en grande conversation avec l'un de ses nombreux admirateurs.

J.J.-Pussiau-c-Ph.-Marchin.JPGJean BuffaloAlain-Jean-Marie-c-Ph.-Marchin.JPGUn peu inquiet Jean-Jacques Pussiau (Out Note Records). Son voisin à la mine patibulaire (photo centrale) ne lui inspire aucune confiance. Que Jean-Jacques se rassure: malgré quatorze verres de vin dans le sang, John Buffalo leader des Bonga Bongo Experimental Syncopators n'est dangereux que par sa musique inaudible et paralysante qu'il fait bon ne point entendre. Alain Jean-Marie s'en moque. Il en a vu d'autre dans une carrière pour le moins prestigieuse.

Le-blagueur-de-Choc---Mauro-Gargano.jpgPhilippe-Etheldrede.jpgJulie-Anna.jpg Le blagueur de Choc avec Mauro Gargano, contrebassiste émérite. Les histoires du blogueur blagueur passionnent Philippe Etheldrède venu prendre des nouvelles du couple Michu. Cela amuse Julie-Anna Dallay Schwartzenberg, l'irremplaçable cheville ouvrière d'Arts et Spectacles qui a produit l'album de Michel El Malem récompensé par l'Académie.

M.-Zanini-c-Ph.-Marchin.JPGIsabelle MarquisJean-Louis Chautemps-copie-1Frais comme un gardon, Marcel Zanini ne perd pas une miette du buffet. Que regarde-t-elle Isabelle Marquis ? Elle a passé une partie de l'après-midi à installer l'exposition Duke Ellington dans le foyer du Châtelet. On aimerait en avoir beaucoup d'autres comme elle à L'Académie du Jazz, mais Isabelle n'est pas duplicable. A droite, Jean-Louis Chautemps s'apprête à déguster un divin breuvage. Il le mérite. Son évocation de Stan Getz le condamne à étancher sa soif.

Elisabeth-Caumont---Leila-Olivesi.jpgMonique-Feldstein.jpgMme-Alain-Tomas---Claude-Tissendier.jpgToujours pimpante Elisabeth Caumont. Les années passent, elle ne change pas. Mais comment fait-elle ? Leïla Olivesi a peut-être un elixir à proposer. Rendez-vous au Sunside le 27 pour rajeunir avec sa musique. Très élégante, Monique Feldstein arbore un superbe chapeau dans lequel elle espère avoir glissé le ticket gagnant du loto. Vous avez sans doute reconnu Claude Tissendier sur la photo de droite. La jeune femme qui l'accompagne n'est pas la sienne. Madame Alain Tomas, semble apprécier ce nouveau partenaire.

F.-Lacharme---N.-Le-c-Ph.-Marchin.JPGFrancis CapeauTrès satisfait de cette remise des prix, le Président François Lacharme s'est autorisé un verre d'alcool. On le constate sur cette photo qu'il partage avec Nguyên Lê. Tous deux exhibent des dents parfaites. Le barbu de droite n'est pas Monsieur Häagen Dazs, glacier de son état, mais le docteur Francis Capeau qui cultive son jardin, prend grand soin de ses disques et sert à boire les assoiffés. Quelle autre Académie que celle du jazz transforme un médecin radiologue en barman ?

Lionel-Eskenazi.jpgAgnes-Thomas---Julien.jpgPhilippe-Levy-Stab.jpgJournaliste apprécié pour ses chroniques au ton modéré et sa culture jazzistique, Lionel Eskenazi a rejoint l'Académie en 2010 sous nos applaudissements. L'attachée de presse de l'institution, la gracieuse Agnès Thomas avec Julien, un vieux pote. A droite Philippe Levy-Stab dont on peut admirer les belles photos de musiciens, ses images de Paris et de New York en noir et blanc. Photographe photographié, Philippe ne craint plus les objectifs. Il en a même plein la tête.

Tir-groupe-de-laureats-c-Ph.-Marchin.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatre des lauréats de cette remise de prix 2011 de l'Académie du Jazz photographiés par Philippe Marchin que je remercie pour ses photos. De gauche à droite: Michel El Malem Prix du Disque Français, Francesco Bearzatti Prix du Musicien Européen, Nguyên Lê Prix Django Reinhardt et Sharrie Williams Prix Blues.

 

Academie fond N 2-1LE PALMARES 2011

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) : Nguyên Lê

Grand Prix de l’Académie du Jazz  (meilleur disque de l’année) : Ambrose Akinmusire : « When The Heart Emerges Glistening » (Blue Note/EMI)

Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) : Michel El Malem Group « REFLETS » (Arts et Spectacles/Rue Stendhal)

Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) :Francesco Bearzatti  

Prix de la Meilleure Réédition : Stan Getz « Quintets : The Clef & Norgran Studio Albums » (Verve/Universal)

Prix du Jazz Classique : Guillaume Nouaux « Drumset in the Sunset » (Autoproduction/Jazztrade-Jazzophile) 

Prix du Jazz Vocal : Gregory Porter « Water » (Motéma/Intégral) 

Prix Soul : R. Kelly « Love Letter » (Jive/Sony) 

Prix Blues : Sharrie Williams « Out of the Dark » (Electro-Fi/www.electrofi.com)

Prix du livre de Jazz : Alain Pailler « Ko-Ko » (Editions Alter ego)

 

CREDITS PHOTOS :

Foyer du Châtelet © Phil Costing

François Lacharme au micro, Jean-Luc Choplin & Guillaume Nouaux, Claude Carrière & Joël Mettay, Stéphane Papinot, Mika Shino & François Lacharme, Cristina Zavalloni & Francesco Bearzatti, Sharrie Williams, Michel Delpech avec François Lacharme & Nguyên Lê, Alex Dutilh & Seydou Barry, Jacques Périn & Sharrie Williams, Jean-Louis Lemarchand, Misja Fitzgerald Michel avec Michèle Feriaud et Dany Michel, Jean-Jacques Pussiau, Alain Jean-Marie, Marcel Zanini, Isabelle Marquis, François Lacharme & Nguyên Lê, Photo de groupe (Michel El Malem, Francesco Bearzatti, Nguyên Lê et Sharrie Williams) © Philippe Marchin

Jean-Louis Chautemps (au ténor), Michel El Malem, Patrice Caratini, Séba stien Belloir & Emilie Manchon, Glenn Ferris, Mika Shino, Susanna Bartilla, Nicolas Petitot, Clotilde Rullaud, Arnaud Merlin & André Francis, Philippe Gaillot et Dominique Fillon, Pierre Maigret, Michel Contat & Jacques des Lombards, Christophe Chenier & Miles Yzquierdo, John Buffalo, Philippe Etheldrède, Julie-Anna Dally Schwartzenberg, Jean-Louis Chautemps (portant un toast), Elisabeth Caumont & Leïla Olivesi, Monique Feldstein, Madame Alain Tomas & Claude Tissendier, Francis Capeau, Lionel Eskenazi, Agnès Thomas & Julien, Philippe Levy-Stab © Pierre de Chocqueuse

 

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Vu et Entendu
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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 09:59

Mauro-Gargano-Mo-Avast--cover.jpgParisien depuis 1998 et contrebassiste très demandé - René Urtreger, Christophe Marguet, Giovanni Mirabassi, Nicolas Folmer, Philippe Le Baraillec utilisent ses services - , Mauro Gargano a choisi de donner à ce disque le nom de sa formation, Mo’ Avast, « ça suffit ! » dans le dialecte de Bari, ville des Pouilles qui le vit naître. Son existence remonte à 2003, mais Mauro n’avait jamais enregistré avec elle, préférant attendre pour la faire connaître sur disque. La longue période qui s’est écoulée depuis sa création a ainsi permis aux musiciens d’affiner un jeu interactif, de parfaire des compositions ouvertes qui leur laissent beaucoup de place pour improviser. Dans les notes de livret de l’album qu’il a rédigées, le contrebassiste avoue avoir conservé dans la mesure du possible un maximum de premières prises « même à défaut d’une certaine précision formelle » ce qui donne fraîcheur et spontanéité à la musique du groupe. Poids lourd du saxophone ténor, mais aussi clarinettiste, Francesco Bearzatti a l’habitude de mêler ses instruments à l’alto de Stéphane Mercier qu’il provoque. Leurs discussions sont vives, passionnées. Tous deux exposent les thèmes, leurs unissons s’effilochant pour devenir dialogues, interrogations ludiques, va et vient permanent de questions et de réponses. Si Francesco souffle des notes souvent brûlantes, son agressivité au ténor se voit tempéré par l’aspect chantant et mélodique des compositions de Mauro dont la contrebasse ronde et inventive structure la musique, l’encadre souplement. Avec elle pour réagir, faire silence, doubler ou modifier le tempo, les tambours et les cymbales de Fabrice Moreau, batteur coloriste qui suggère et caresse les rythmes, attache de l’importance au son, à la dynamique de sa batterie. Mauro Gargano aime les couleurs d’où l’importance de la clarinette dans Respiro del Passato, l’un des thèmes chantants de cet album dans lequel il se réserve quelques solos de contrebasse (dans Bass“A” Line notamment), Rootz (4min 40) étant entièrement dévolu à l’instrument. Dans 1903, la clarinette cite clairement Nino Rota. La composition semble pourtant inspirée par Lonely Woman d’Ornette Coleman dont l’esprit souffle sur la musique. Lorsque Bruno Angelini y ajoute son piano, elle acquiert d’autres couleurs, mais aussi une assise harmonique plus franche. Mars surtout en bénéficie. S’appuyant sur l’ostinato que joue la contrebasse, le pianiste pose les accords du thème, lui offre des harmonies chatoyantes. Des relectures de Turkish Mambo(méconnaissable sans le piano de Lennie Tristano) et de When God Put a Smile Upon Your Face (un tube de Coldplay), complètent un album dont la richesse ne se dévoile qu’après plusieurs écoutes. 

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Chroniques de disques
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 11:28

La-crise--jpg La crise : même le Père Noël fait les poubelles. Le 24 décembre, comme l’an dernier, Jean-Paul tenait le rôle de Saint Joseph dans la crèche vivante de la paroisse parisienne des Saints Innocents. Le lascar avait postulé pour tenir celui de l’Enfant Jésus, ce qui, vu sa taille, lui fut refusé. Souffrant d’une sciatique qui le courbait en deux, Bajoues Profondes n’eut aucun mal à faire un bœuf plus vrai que nature. Edouard Marcel avait cru bon composer une œuvre religieuse contemporaine pour la circonstance, mais ses immenses rouleaux de partitions mirent la puce à l’oreille des bons pères qui, méfiants, demandèrent à l’entendre. Deux d’entre eux sont toujours à hôpital. Sorti du sien, Monsieur Michu a pu assister à la messe de minuit, à l’issue de laquelle Jean-Paul invitait chez lui autour d’un chocolat chaud que servait Bernard, fauché après les concerts désastreux de son Tarzan et Jane Jungle Electro Jazz Band. Pour achever de le ruiner, Edouard Marcel vient de lui passer commande d’un nouveau répertoire spécifiquement conçu pour un groupe jouant au sein d’un tambour gigantesque. Il est malheureusement trop tard pour que le festival Sons d’hiver le programme dans le Val-de-Marne. Sa nouvelle édition aura lieu du 27 janvier au 18 février. Quelques concerts interpellent - Stéphan Oliva fin janvier, Craig Taborn en duo avec Vijay Iyer, le sextette de Benoît Delbecq relisant Duke Ellington en février. Le free Jazz y reste toutefois largement privilégié ainsi que l’afro-punk, le hip-hop, le rap, les tensions électriques, les bâillements acoustiques... L’objectif du festival semble être de réveiller nos conduits auditifs endormis et, je cite ici le dossier de presse, de « retransmettre au mieux les palpitations chatoyantes et sonores de la vie. » Celles qu’éprouve Monsieur Michu à la lecture du programme inquiètent son épouse. Quant à Jean-Paul, il en a déjà des sueurs froides et des claquements de dents. Amateurs de jazz qui ressemble à du jazz avec des mélodies et des rythmes qui swinguent, les Michu se tiendront prudemment à l’écart de ces frissons d’hiver. 

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Nagual-Orchestra.jpg-Le Nagual Orchestra au Sunset le 7. On a pu écouter la formation l’an dernier à l’Âge d’Or, Paris 13ème, où elle tint résidence. Son personnel n’est plus tout à fait le même depuis l’enregistrement en 2007 de l’album “La boîte à desseins”, qui la fit remarquer. Olivier Laisney à la trompette et Alexis Pivot au piano ont rejoint Florent Hubert (saxophone ténor et à la clarinette), Matthieu Bloch (contrebasse) et David Georgelet (batterie), mais leur jazz acoustique aux fortes racines n’a fait que s’affiner. Vainqueur des Trophées du Sunside en 2009 et parfaitement cimenté par la contrebasse de Mathieu, le groupe séduit par ses couleurs, sa sonorité spécifique, ses compositions originales et mélodiques qui séduisent l’auteur de ces lignes. Le groupe qui en possède de nouvelles prévoit de les enregistrer en février pour une sortie d’album en automne.

 

Claude-Carriere.jpg-Claude Carrière poursuit son cycle de conférences sur les suites de Duke Ellington le 9 à 19h00 au Collège des Bernardins. Au programme, les années 1951 à 1956 avec la Controversial Suite, les trois mouvements de Night Creature qui firent l’objet d’un ballet et la Newport Jazz Festival Suite. 1956 est l’année de l’enregistrement de “Such Sweet Thunder”, chef-d’œuvre ellingtonien qui peut faire l’objet d’une conférence à elle seule.

 

Prysm-Prysm au Duc des Lombards le 12 et le 13 dans le cadre du French Quarter Festival (du 3 au 31 janvier). Le groupe s’y est produit en avril 2011 sans Pierre de Bethmann handicapé par une double fracture de l’épaule. La guitare de Manu Codjia suppléa son absence sans nous la faire tout à fait oublier. Tout semble aujourd’hui rentré dans l’ordre pour une formation longtemps mise en sommeil. Pierre de Bethmann (piano et fender rhodes), Christophe Wallemme (contrebasse) et Benjamin Henocq (batterie) se sont à nouveau réunis pour des relectures inventives des grands titres de leur répertoire. “Five” Le disque live qu’ils ont fait paraître l’an passé est entièrement constitué d’anciens morceaux. Le trio joue aujourd’hui un jazz moderne et énergique qui témoigne de la parfaite entente de ses membres, l’échange, le partage étant ainsi privilégiés.

Enrico Rava

-Enrico Rava au Sunside les 13, 14 et 15 janvier pour jouer “Tribe”, son dernier disque ECM, un de mes 13 Chocs de l ‘année 2011. Avec lui Gianluca Petrella au trombone pour tenir de véritables discours mélodiques, mais aussi Giovanni Guidi, pianiste subtil qui apporte des couleurs tamisées à une musique délicieusement paresseuse. Cette dernière regorge de soleil et sa chaleur méditerranéenne pousse au farniente. Gabriele Evangelista à la contrebasse et Fabrizio Sferra à la batterie complètent cette formation transalpine avec laquelle le trompettiste signe l’un des albums les plus lyriques de sa discographie.

 

Palatino-c-Stephane-Barthod.jpg -Empruntant son nom au train qui assure chaque jour la liaison entre Paris et Rome, Palatino réunit Paolo Fresu au bugle et à la trompette, Glenn Ferris au trombone, Michel Benita à la contrebasse et le grand Aldo Romano à la batterie. On pensait le groupe disparu après l’enregistrement de son troisième album en 2001. Un nouvel opus live en novembre dernier (Naïve) vient démentir sa dissolution. Il est même attendu au Duc des Lombards le 16 et le 17 pour régaler son public d’une musique chantante qui réchauffe en ces temps hivernaux. On ne manquera pas les dialogues probables entre Fresu et Ferris, le jeu rugueux du trombone donnant du nerf à la musique. Chaque musicien apporte ses compositions, des mélodies solaires et enivrantes comme le vin de Toscane. Elles agissent comme de puissants remèdes contre la morosité et bien d’autres fléaux. On se précipitera.

 

M.-Copland---J.-Abercrombie.jpg-Pas évident de réunir un piano et une guitare. Associer les deux instruments reste délicat sur le plan harmonique. Pour le guitariste, il faut redéfinir l’attaque de ses notes, repenser ses voicings pour que le pianiste trouve sa place et puisse se faire entendre dans un autre registre. La réussite d’une telle association se trouve dans la retenue, la qualité d’une écoute réciproque. Brad Mehldau et Pat Metheny, Jim Hall et Geoffrey Keezer (leur disque date de 2005, je me le suis procuré récemment) ont parfaitement compris comment optimiser leurs rencontres. S’ils jouent rarement ensemble, Marc Copland et John Abercrombie se connaissent depuis longtemps. Leur dernier disque est quelque peu monotone, mais la magie peut à tout moment renaître et opérer. On ne se privera pas d’écouter ces deux grands musiciens au Sunside le 18.

 

Laurent-de-Wilde-copie-1.jpg -Laurent de Wilde joue un merveilleux piano. Habitué des clubs de la rue des Lombards, directeur artistique de la première édition de "Sorano Jazz" à l’Espace Daniel Sorano de Vincennes, Laurent multiplie les rencontres. On a pu l’entendre avec Géraldine Laurent, Eric Le Lann, Glenn Ferris, Elise Caron et les rythmiques qu’il affectionne, Yoni Zelnik et Jérôme Regard à la contrebasse, Laurent Robin et Donald Kontomanou à la batterie, sans parler des concerts qu’il donne avec son vieux complice Otisto. Les amateurs de jazz et de beau piano lui réclamaient depuis longtemps un nouveau disque. Initialement prévu à New York, son enregistrement se fera dans quelques jours à Paris, en trio avec Ira Coleman à la contrebasse et Clarence Penn à la batterie. Auparavant, les trois hommes peaufineront les détails de leur musique au Duc des Lombards les 18 et 19. Laurent l’annonce « très rythmique, louchant sur l’afro-beat comme sur l’électro, sans oublier les blues et les ballades. »

 

Jacky Terrasson-copie-2Philip Catherine © Jos L KnaepenStephane-Belmondo.jpg-Jacky Terrasson au piano, Philip Catherine à la guitare et Stéphane Belmondo à la trompette et au bugle le 19 au Sunside. On ne manquera pas ce trio inédit, rencontre de trois musiciens émérites qui ont déjà une longue carrière derrière eux. On a entendu Stéphane l’an passé avec le pianiste Kirk Lightsey, mais aussi avec Roy Hargrove et Tom Harrell dont les trompettes s’accordent à la sienne. Jacky a invité Malia à rejoindre son trio lors de la dernière édition du festival Jazz en Tête et s’apprête à enregistrer un nouvel album. Quant à Philip, son dernier disque “Plays Cole Porter” (Challenge) met constamment en valeur les inoubliables mélodies qu’il contient. Stéphane indisponible le 20, c’est un duo qu’abritera le Sunside ce soir-là, mais même privé de sa trompette le piano de Jacky et la guitare de Philip feront pleuvoir des notes aussi lumineuses que des feux de Bengale.

 

Rolando-Faria.jpgAntoine-Herve-copie-2.jpg-Le 24, toujours à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs (auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris), Antoine Hervé consacrera sa leçon de jazz à Antonio Carlos Jobim et la bossa nova avec comme invité le chanteur Rolando Faria, chanteur survivant des Etoiles qui enregistrèrent leur premier disque en France en 1976. Ceux qui manqueront le cours de l’Oncle Antoine pourront s’en procurer le polycopié en DVD (R.V. Productions / distribution Harmonia Mundi). Outre le concert commenté non sans humour et divers bonus, on se réjouira du contenu musical du CD que contient cette édition, quatorze classiques du grand Jobim joliment interprétés par Antoine et Rolando parmi lesquels Desafinado, Samba de Uma nota so, Corcovado et Agua de Beber. Prochaines sorties : “Wayne Shorter, jazzman extra-terrestre” le 21 février et “Oscar Peterson, maître du swing” en mars.

Pierrick Pedron

 

-Les 26 et 27, le Duc des Lombards accueille Pierrick Pedron, magnifique altiste parkérien (si, si, ouvrez vos oreilles, on peut entendre le chant de l’Oiseau), non pour nous interpréter son dernier album que je suis loin d’apprécier, mais pour jouer la musique de Thelonious Monk en compagnie de Laurent de Wilde au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie.

 

Tiy-cover.jpg-Toujours le 27, Leïla Olivesi jouera au Sunside son nouvel disque. Épouse d’Amenothep III et grande reine d'Egypte, Tiy prête son nom au troisième opus de la pianiste franco-mauritanienne. Elle nous livre ses mélodies colorées, son piano délicat et sensible, et rend aussi hommage à Néfertiti et à Balkis, la reine de Saba, des femmes de pouvoir aux destins exceptionnels. Avec elle les musiciens qui l’accompagnent dans son album : Emile Parisien aux saxophone soprano, Manu Codjia à la guitare, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanouà la batterie. “Tiy” est disponible dans les FNAC de la capitale et dans plusieurs magasins de province. On peut aussi le commander sur le site de Leïla : www.leilaolivesi.com

  

Stephan-Oliva.jpg-Au sein d’une programmation hétéroclite privilégiant free jazz et bizarreries, le festival Sons d’hiver accueille le 31 janvier à Arcueil (20h30 espace Jean Vilar, 1 rue Paul Signac) le pianiste Stéphan Oliva dans son programme consacré aux films noirs. Avec lui, Philippe Truffaut pour « recréer un dialogue entre le son et le visuel et répondre en images ». Choc 2011 de ce blog, “Film Noir”  le dernier disque de Stéphan, compte parmi les plus beaux de l‘année qui s’achève. Très prisé par les cinéastes dans les années 40 et 50, le genre eut ses compositeurs : David Raskin, Miklós Rózsa, Dimitri Tiomkin et même John Lewis que les amateurs de jazz connaissent bien. Stéphan a relevé les thèmes ou les séquences musicales illustratives des films auxquels ils participèrent. Son piano improvise, prend des libertés, se fait tendre et mélodique ou accentue l'aspect dramatique de leurs musiques, les graves de l’instrument, ses notes lourdes et obsédantes traduisant leur noirceur. En deuxième partie, le saxophoniste Sonny Simmons, 78 ans - il composa Music Matador qu'il enregistra avec Eric Dolphy en 1963 - , peut provoquer la surprise.  

 French-Quarter-au-Duc.jpeg

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Collège des Bernardins : www.collegedesbernardins.fr 

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr

-Festival Sons d’hiver : www.sonsdhiver.org

 

CREDITS PHOTOS : Nagual Orchestra, Claude Carrière, Prysm, Enrico Rava (montage), Laurent de Wilde, Jacky Terrasson, Stéphane Belmondo, Antoine Hervé, Rolando Faria, Pierrick Pedron, Stéphan Oliva © Pierre de Chocqueuse - Palatino © Stéphane Barthod - Marc Copland & John Abercrombie © Konstantin Kern / Pirouet Records - Philip Catherine © Jos L Knaepen - Père Noël : photo X/D.R.

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Edito tout beau
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 10:00

Voeux 2012                     BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2012


Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Scoop!
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Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 00:05

  Joyeux  Noë à  tous  et  à  toutes

Joyeux Noël 2011

                                    Merr Christmas

Photo montage © Pierre de Chocqueuse

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Scoop!
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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 15:00

Chocs-2011.jpgDécembre, le temps des bilans, des récompenses. L’Académie du Jazz remettra ses prix début janvier. Jazz Magazine/Jazzman a publié ses Chocs de l’année dans son numéro de décembre. Laurent Sapir m’a gentiment fait parvenir le choix de TSF. Quant à l’Académie Charles Cros, nous avions son palmarès dès le 24 novembre. Vous attendiez donc le mien avec impatience. Le voici. Philippe Etheldrède râle déjà car il contient quatre piano solo. Le genre me plaît et il m’était difficile d'écarter les CD de Bill Carrothers et de Richie Beirach qui comptent parmi les plus beaux de l’année. Philippe se consolera avec le big band de Gerald Wilson qu’il apprécie beaucoup. Je m’en veux un peu de n'avoir mis que 4 étoiles à son disque dans Jazz Magazine/Jazzman, car en le réécoutant – et je l’écoute souvent – il me plaît de plus en plus. Sélectionner douze nouveautés et une réédition n’a pas été facile. Tous les disques dont j’assure la chronique sortent déjà du lot, possèdent des qualités qui les placent au-dessus des autres. Il est d’ailleurs impossible de parler de tous les CD que l’on m’adresse. La plupart d’entre eux ne dépassent pas une honnête moyenne. Les bonnes surprises sont rares. “Reflets” de Michel El Malem, un disque inattendu dont l'écoute m’a subjugué, m'est d'autant plus précieux. Il a sa place aux côtés d’enregistrements de jazzmen confirmés qui sont loin d’être tous médiatisés, reconnus à leur juste valeur. Mes Chocs 2011 sont donc très différents des autres palmarès. Aucun disque en commun avec TSF, un seul avec Jazz Magazine/Jazzman – “Impressions of Tokyo” de Richie Beirach. L’Académie Charles Cros a primé Ambrose Akinmusire et Roy Haynes dont j’ai chroniqué les disques sans pour autant les retenir. Question de goût, de choix. J’ai beaucoup hésité à inclure “Patience”, un disque très attachant de Stéphane Kerecki et John Taylor, mais “Houria”, l’enregistrement précédent de Stéphane, a fait partie de cette sélection en 2009. Il ne m‘en voudra probablement pas de ne pas compter parmi mes treize finalistes quoique, pour certains, figurer à ce palmarès soit la plus belle des récompenses. Je vous rappelle également que cette chronique est la dernière de l'année. Le blogdechoc sommeillera jusqu'aux premiers jours de janvier. Bonnes fêtes à tous et à toutes. 

 

Douze nouveautés…

Corea, Clarke & White, cover -COREA, CLARKE & WHITE : “Forever” (Concord/Universal) Chroniqué dans le blogdechoc le 25 janvier

Chick Corea, Stanley Clarke et Lenny White jouent sur des instruments acoustiques sur le premier disque de ce double CD. Il réunit les meilleurs moments d’une tournée « unplugged » effectuée en 2009. On aurait aimé assister à ces concerts. Les trois hommes tiennent une forme éblouissante et rajeunissent leur répertoire. Virtuosité et musicalité se tendent la main pour des bouquets de notes luxuriantes. Jean-Luc Ponty, mais aussi la chanteuse Chaka Khan et Bill Connors, le premier guitariste de Return to Forever, les rejoignent sur le second qui contient une autre plage en trio, une reprise époustouflante de 500 Miles High enregistré en état de grâce au festival de Monterey.

 

S. Oliva - Film Noir, cover -Stéphan OLIVA : “Film Noir” (Illusions/ www.illusionsmusic.fr) Chroniqué dans le blogdechoc le 18 Février

Le film noir parle à Stéphan Oliva. Le pianiste consacre un disque entier au genre, terrain d’élection de cinéastes « émigrés » qui connut son âge d’or dans les années 40 et 50. Dix des treize longs-métrages qu’évoque cet album datent de cette période. Oliva en a relevé les musiques et effectue un véritable travail de remontage des thèmes ou des séquences musicales qu’il reprend. Une utilisation fréquente de la pédale forte lui permet d’en traduire les nuances les plus sombres, d’augmenter la noirceur des accords qu’il plaque dans les graves du clavier. Mis à nu par Stéphane, ces compositions vénéneuses retrouvent leur splendeur mélodique, se révèlent à nous comme si elles venaient d’être écrites.

 

Laïka Fatien, cover -Laïka FATIEN : “Nebula” (Verve/Universal) Chroniqué dans le blogdechoc le 27 février

Le cœur chavire à l’écoute de cette voix chaude et douce que Laïka Fatien met au service de thèmes peu chantés. Elle préfère la justesse et la sincérité au maniérisme et aux effets de style, s’exprime avec sensibilité et naturel, et pose ses propres paroles sur des instrumentaux de Wayne Shorter, Joe Henderson, Tina Brooks et Jackie McLean. On doit à Meshell Ndegeocello les arrangements très soignés de “Nebula”, un album dans lequel la guitare accentue l’aspect folk de certaines ballades et tient une place essentielle. Laïka chante aussi Stevie Wonder, Villa-Lobos et Björk. Elle murmure à nos oreilles des musiques évanescentes, nébuleuses comme sorties du plus profond d’un rêve.

 

Brad Mehldau - Live in Marciac, cover -Brad MEHLDAU : “Live in Marciac” (Nonesuch/Warner) Chroniqué dans le blogdechoc le 9 mars

Pas moins de trois rappels pour Brad Mehldau à Marciac ce 2 août 2006, un concert privilégiant feux d’artifices de notes et improvisations méphistophéliques aux rythmes échevelés. Le pianiste renouvelle les improvisations d’un répertoire qui nous est en partie familier, les dote d’une architecture sonore achevée. Ses deux mains dialoguent, la gauche, section rythmique à elle seule, répondant au discours mélodique d’une main droite exubérante. Troisième enregistrement de Brad en solo après “Elegiac Cycle”  (1999) et “Live in Tokyo” (2003), c’est le premier dont nous avons des images, un DVD qui permet de visualiser le choix de ses notes, la précision métronomique de son jeu.

 

F. Couturier Tarkovsky Quartet, cover -François COUTURIER : “Tarkovsky Quartet” (ECM/Universal) Chroniqué dans le blogdechoc le 16 avril

Dernier volet d’une trilogie consacrée à Andreï Tarkovsky le cinéaste préféré de François Couturier, ce “Tarkovsky Quartet” aurait très bien pu sortir sur le label ECM New Series réservé à la musique contemporaine et aux œuvres classiques. Car le pianiste s’intéresse moins au swing qu’à l’élaboration d’une musique ouverte dépassant le cadre du jazz et conçue pour les quatre instruments de son quartette, le violoncelle d’Anja Lechner, l’accordéon de Jean-Louis Matinier et le saxophone soprano de Jean-Marc Larché s’ajoutant à son propre piano. Neuf pièces musicales illustratives et féeriques qui malgré quelques emprunts à Pergolèse, Bach, Chostakovitch, échappent à toute classification, nous font passer de l’autre côté du miroir où la musique se rêve et fait voir des images.

 

EXCELSIOR, Bill Carrothers,cover-Bill CARROTHERS : “Excelsior” (Out Note/ Harmonia Mundi) Chroniqué dans Jazz Magazine/Jazzman n°625 - mai (Choc)

Excelsior, une petite ville tranquille du Minnesota de 3000 habitants construite au bord du lac Minnetonka. Bill Carrothers y passa sa jeunesse. L’été, les habitants de Minneapolis y passaient leurs vacances, leurs enfants raffolant de son parc d’attractions, les manèges et les montagnes russes de l’Excelsior Amusement Park aujourd’hui disparu. Après avoir jazzifié chants patriotiques et hymnes de l’Amérique et consacré un disque entier au répertoire de Clifford Brown, le pianiste se penche sur son passé, se remémore Excelsior qu’il n’a pas oublié. Bill en a presque entièrement improvisé la musique en studio en octobre 2010, inventant des mélodies exquises, des images nostalgiques débordantes de tendresse.    

 

Gerald-Clayton-Bond--cover.jpg -Gerald CLAYTON : “Bond, The Paris Sessions” (EmArcy/Universal) Chroniqué dans Jazz Magazine/Jazzman n°626 - juin (Choc)

Tout en restant en phase avec la tradition du jazz et son vocabulaire harmonique, Gerald Clayton prend des libertés avec les standards qu’il aborde. La nouvelle jeunesse qu’il leur offre tient beaucoup à leur transformation rythmique. La contrebasse nerveuse et réactive de Joe Sanders, la frappe asymétrique de son batteur Justin Brown apportent un swing différent proche du funk et du hip-hop, une polyrythmie qui traduit d’autres influences que celle du jazz. Le blues dans les doigts, le pianiste fait chanter ses compositions chaloupées et y sème un grain de folie réjouissant.

 

Richie Beirach, cover 2 -Richie BEIRACH : “Impressions of Tokyo” (Out Note/Harmonia Mundi) Chroniqué dans le blogdechoc le 16 juin

Richie Beirach aime le Japon. Il s’y est souvent rendu et affectionne Tokyo, lieu de rencontre du passé et du futur dont il livre ici ses impressions intimes sous la forme d’haïkus, courts poèmes visant à cerner l’évanescence des choses par l’ellipse et l’allusion. Le regard affectueux qu’il lui porte est celui d’un improvisateur imprégné de musique classique européenne. Evitant les rapsodies jazzistiques dont raffolent les habitants du pays du soleil levant, le pianiste s'amuse à faire danser de courtes pièces abstraites ou invente des mélodies magnifiques. Il leur réserve ses plus belles couleurs, mais privilégie l’épure, comme si quelque chose du Japon, son essence impalpable, s’exprimait à travers sa musique.

 

G Wilson Orchestra, Legacy cover -Gerald WILSON Orchestra : “Legacy” (Mack Avenue/Codaex) Chroniqué dans Jazz Magazine/Jazzman n°627 – juillet (4 étoiles)

Quelques bons disques en grand orchestre ont été publiés cette année, mais celui de Gerald Wilson, 94 ans depuis septembre, s’impose par sa musique et la qualité de ses solistes. L’arrangeur est un coloriste qui soigne ses peintures sonores et trempe dans le swing ses couleurs harmoniques. On a envie d’applaudir à l’écoute de cet album qui regorge de thèmes admirables. Outre une longue suite en sept mouvements sur Chicago, la cité des vents, il contient des variations habiles autour de thèmes de Stravinsky, Beethoven et Puccini. L’œuvre de ce dernier, une aria de son opéra “Turandot”, met particulièrement en valeur les délicates couleurs impressionnistes de ce big band de rêve. 

 

Diego Imbert Next Move, cover -Diego IMBERT : “Next Move” (Such Prod/ Harmonia Mundi) Chroniqué dans le blogdechoc le 24 octobre

Depuis 2007, Diego Imbert compose et arrange ses propres morceaux pour un quartette comprenant Alex Tassel au bugle, David El-Malek au ténor et Franck Agulhon à la batterie. Garante du tempo, sa contrebasse stabilise le flux musical, lui donne une forte assise rythmique. La solidité et la logique de ses lignes de basse vont de pair avec l’attention qu’il porte aux mélodies, ces dernières guidant et inspirant son travail. “A l’ombre du saule pleureur”, son disque précédent, mêlait déjà écriture et improvisation au sein de morceaux ouverts réservant de grands espaces de liberté aux solistes. La formation eut l’occasion de donner de nombreux concerts et les compositions de “Next Move”, son second opus, s’agencent avec une fluidité remarquable.

 

E. Rava, Tribe cover-Enrico RAVA : “Tribe” (ECM/Universal) Chroniqué dans le blogdechoc le 7 novembre

Trois ans après “New York Days”, un enregistrement new-yorkais qui compte parmi les grands opus de sa discographie, Enrico Rava retrouve son groupe transalpin. Remplaçant Stefano Bollani qui possède désormais son propre trio et donne des concerts en duo avec Chick Corea, le jeune Giovanni Guidi fait merveille au piano. Il possède un toucher délicat, un sens profond des couleurs, économise ses notes et enrichit les thèmes par ses nuances. Rava reprend ici de vieux thèmes de son répertoire. Cinq des douze morceaux que contient l'album ont été précédemment enregistrés pour divers labels. De courtes pièces modales complètent cet album, l’un des plus lyriques de la discographie du trompettiste.

 

Michel-El-Malem--cover.jpg-Michel EL MALEM : “Reflets”  (Arts et Spectacles/Rue Stendhal) Chroniqué dans Jazz Magazine/Jazzman n°632 - décembre (Révélation)

Saxophoniste, Michel El Malem possède un son épais et chaleureux aussi bien au ténor qu’au soprano. Ce disque, le second qu’il enregistre, fascine par sa richesse est tout simplement fascinant. “First Step” son premier opus séduisait déjà par sa cohérence musicale, mais “Reflets”  est un immense pas en avant comme si le groupe en état de grâce communiait avec la musique. Aux musiciens de “First Step” – Michael Felberbaum à la guitare, Marc Buronfosse à la contrebasse, Luc Isenmann à la batterie – s’ajoute Marc Copland qui apporte une dimension poétique à l’album tout en jouant un piano différent, plus énergique que d’habitude, les musiciens parvenant à transcender les compositions du saxophoniste, des thèmes simples aux lignes mélodiques transparentes.   

 

...et une réédition partiellement inédite

M.-Davis-Live-in-Europe--cover-b.jpg-Miles DAVIS Quintet : “Live in Europe 1967” (Columbia/Sony) Chroniqué dans le blogdechoc le 26 septembre

Chichement empaqueté dans un coffret réunissant 3 CD et 1 DVD, ces cinq concerts européens de 1967 donnés par Miles Davis et son second quintette (Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter, Tony Williams) sont incontournables. De bonne qualité, le son et les images proviennent des radios ou des télévisions des pays visités. Les trois CD audio ne sont pas totalement inédits. Il existe des éditions pirates des concerts d’Anvers et de Paris, mais ce dernier est pour la première fois publié dans sa totalité. Les concerts filmés à Stockholm et à Karlsruhe ont été précédemment inclus en 2009 dans le coffret “Miles Davis : The Complete Columbia Album Collection”. Fascinante, ouverte, disciplinée malgré sa tension, cette musique modale et colorée révèle l’interaction quasi télépathique qui règne alors au sein du groupe, l'un des meilleurs de l'histoire du jazz.

Montage photo © Pierre de Chocqueuse

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Chroniques de disques
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 10:00

Rickie Lee Jones, bandeau

 

DIMANCHE 27 novembre

Rickie Lee Jones jouant “Pirates” Salle Pleyel, belle occasion de se souvenir. C’était en 1981, en été, que l’album vit le jour. Sa pochette, une photographie de Brassaï en noir et blanc n’avait rien à voir avec celle de son premier disque paru deux ans plus tôt, un cliché en couleur, la montrant portant béret, cigarillo aux lèvres et cheveux plein les yeux. Enfant de la balle, Rickie Lee Jones, 24 ans, s’était fixée à Los Angeles, tournait dans les bars de Venice et composait des Rickie Lee Jones, cover RLJ Pirates, coverchansons. L’une d’entre-elles, Easy Money, lui avait ouvert les portes des disques Warner Bros. Sobrement intitulé “Rickie Lee Jones”, ce premier opus la catapulta vers le succès. Il contient d’excellentes chansons autobiographiques – les célèbres Chuck E’s In Love, The Last  Chance Texaco, et Danny’s All-Star Joint – et de solides musiciens l’accompagnent – Ernie Watts, Tom Scott, Victor Feldman, Red Callender, Steve Gadd. Sa voix haut perchée de petite fille au timbre légèrement éraillé évoque un peu Blossom Dearie, sa musique, un mélange de soul, de folk et de blues, se teintant souvent de jazz. Arrangé par Johnny Mandel, Company en dégage le parfum. On attendait beaucoup de cette nouvelle Joni Mitchell, une poétesse capable comme cette dernière d’émouvoir par le choix de ses mots. “Pirates” ne nous fit pas regretter notre attente, bien que le ton en soit plus sombre. La fin de sa relation Rickie Leeavec Tom Waits le rend désenchanté. A Lucky Guy en porte la blessure. Partiellement conçu à New York, achevé et enregistré dans un studio de L.A., il bénéficie d’une production très soignée. On y retrouve Tom Scott, Victor Feldman, Steve Gadd auxquels s’ajoutent David Sanborn, Randy Brecker, Chuck Rainey, Donald Fagen de Steely Dan et Russell Ferrante des Yellowjacquets. Les arrangements de cordes qui colorent certaines plages sont confiés à Nick DeCaro et Ralph Burns. Woody and Dutch on the Slow Train to Peking, un hommage joyeux au be-bop, laissait supposer une orientation plus jazz de sa carrière. Contenant des reprises émouvantes de Lush Life et de My Funny Valentine, “Girl at Her Volcano”, un recueil de sept chansons publié en 1983, le confirma. Séduite, l’Académie du Jazz lui décerna un « Prix du Jazz Contemporain ». La chanteuse qui s’était installée à Paris fit la couverture de Jazz Hot. Son flirt avec le jazz se poursuivit en 1991 avec “Pop Pop”, un album acoustique enregistré avec Joe Henderson et Charlie Haden.

 

Rickie Lee-aRickie Lee Jones retrouvait donc Paris pour offrir à son public qui remplissait la Salle Pleyel les chansons de ses deux premiers disques. Avec elle, deux cuivres (trompette et trombone) et un saxophoniste. On les entendit peu, mais ils trempèrent Young Blood, Danny’s All-Star Joint, Woody and Dutch et Pirates dans un grand bain de soul. Un quintette occupait la scène le reste du temps, les claviers de Tom Canning (il fut le pianiste d’Al Jarreau à ses débuts) palliant l’absence des cordes. Jeff Pevar assura les chorus de guitare électrique, la guitare basse étant confiée à Reggie McBride un des spécialistes de l’instrument. Il en joue dans “Fulfillingness’ First Finale” de Stevie Wonder et travailla avec James Brown et B.B. King. S’accompagnant à la guitare, mais le plus souvent au piano, la chanteuse ne cacha pas son plaisir d’être à nouveau parisienne. Le responsable de la sono mit trop de réverbération dans une voix qu’elle possède un peu plus rauque, mais l’émotion restait intacte et avec elle une fragilité rendant touchantes ses chansons tant aimées.

 

Rickie Lee Jones(chant), Jeff Pevar (guitares), Tom Canning (claviers), Reggie McBride (basse électrique), Johnny Friday (batterie), Jamelle Williams (trompette), Andrew Lippman (trombone), Scott Mayo (saxophones).

 

SAMEDI 3 décembre

Patrice CaratiniLe studio Charles Trenet de Radio France accueillait Patrice Caratini et son Jazz Ensemble dans un programme entièrement consacré à André Hodeir. Patrice qu’il appréciait avait enregistré en 1993 son Anna Livia Plurabelle, cantate pour deux voix de femmes et orchestre de jazz. Il lui avait confié ses partitions quelques mois plus tôt à l’occasion de son 90ème anniversaire et aurait sûrement aimé être présent à ce concert prévu de longue date. Madame André Hodeir s’était bien sûr déplacée pour cet hommage rendu à son époux disparu le 1er novembre. Martial Solal était présent lui aussi. Il tient le piano dans la plupart des morceaux des albums “Kenny Clarke’s Sextet Plays André Hodeir” (1957) et “Jazz et Jazz” (1960), et lui consacra un disque entier en 1984, “Solal et son orchestre jouent André Hodeir” (Carlyne). Alain Jean-MarieAndré VillégerEmpruntant à Bobby Jaspar ses musiciens, André Hodeir fonda en 1954 le Jazz Group de Paris, nonette à géométrie variable constitué par des musiciens capables de jouer ses partitions difficiles. Patrice Caratini dut longuement faire répéter sa formation pour qu’elle puisse les jouer avec fluidité et fidèlement les recréer. On connaît les enregistrements souvent anciens qui en ont été faits. Redécouvrir dans de quasi parfaites exécutions Bicinium, Oblique (un thème canonique en 16/16), réentendre ses arrangements de Jordu  et de Criss Cross, fut un émerveillement. D’une modernité inaltérée, ses musiques procurent un bonheur d’écoute que l’on n’aurait pas cru possible au Mathieu Donarierregard des difficultés posées par les partitions, André Hodeir allant jusqu’à écrire les chorus de ses solistes. Patrice Caratini s’accorda toutefois la liberté de laisser improviser Claude Egea dans On a Riff, un riff de quatre mesures qui, pour reprendre les propos du compositeur, « change de forme, se brise, passe de l’unisson à deux, puis trois voix en une intensité croissante, (…) enfin se pulvérise, éparpille ses notes dans tous les registres de l’orchestre, pour ne se reconstituer (partiellement) que dans les dernières mesures. » Invité à tenir le piano dans cette pièce, Alain Jean-Marie s’accorda également un vrai solo dans On a Standard, variations autour de Night and Day de Cole Porter.


Caratini Jazz Ensemble

 

André Hodeir écrivit aussi de nombreuses musiques de films. Patrice Caratini et les musiciens de son Jazz Ensemble en reprirent quelques-unes. Composé pour un court-métrage sur le facteur Cheval et traversé de rythmes afro-cubains, Le Palais Idéal et ses sept parties, n’avait jamais été joué en concert. Son long solo de Valérie Philippinvibraphone intégralement écrit en est le grand moment. Bande-son de “Chute de Pierres”, un court-métrage de Michel Fano, Jazz Cantata comprend également sept parties groupées en trois mouvements. Si le vibraphone de Stéphan Caracci y occupe aussi une place de choix, la voix y est aussi à l’honneur, Caratini confiant les délicates parties de scat imaginées par Hodeir à Valérie Philippin, l’une de ses deux interprètes d’Ana Livia Plurabelle, une œuvre de 1966 que Jazz Cantata préfigure. Composition « partant à la recherche de ses visages successifs », cette Jazz Cantata marquait une nouvelle étape dans les recherches d’André Hodeir. Trop neuve, elle ne fut pas comprise. Elle l’est toujours, mais n’effraye plus. Puisse cette musique être diffusée dans les festivals de jazz et rencontrer un vaste public.

 

Claude Egea et Pierre Drevet (trompettes), Jean-Christophe Vilain (trombone), André Villéger (saxophone alto), Mathieu Donarier (saxophone ténor), Pierre-Olivier Govin (saxophone baryton), Stéphan Caracci (vibraphone), Patrice Caratini (contrebasse et direction) Thomas Grimmonprez (batterie). Invités : Alain Jean-Marie (piano), Valérie Philippin (voix).

 

Photos © Pierre de Chocqueuse 

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Vu et Entendu
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