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Dimanche 8 novembre 2009
Musicien prolifique, David Murray ne cesse de renouveler son répertoire, d’explorer les diverses facettes de la musique afro-américaine. Auteur de la musique de deux opéras, il a également composé pour des films, des spectacles de danse ou des pièces de théâtre. Si les tambours guadeloupéens des Gwo Ka Masters résonnent dans “The Devil Tried to Kill Me“, un nouvel album enregistré à Pointe-à-Pitre avec le bluesman Taj Mahal, Murray sera à Nantes, au Grand T, mardi prochain, pour une relecture des albums espagnols du chanteur et pianiste Nat “King“ Cole .


Cole enregistra le premier, “Cole Español“, à Los Angeles en 1958. Ne parlant pas cette langue, il en apprit phonétiquement les chansons, posant sa voix sur les parties instrumentales que le chef d’orchestre cubain Armando Romeu Jr. avait enregistrées à la Havane. Le disque contient le célébrissime Quizas Quizas Quizas qui fit le tour du monde. Toujours pour Capitol et en espagnol, le chanteur grava deux autres albums : “A Mis Amigos“ en 1959 arrangé par Dave Cavanaugh et “More Cole Español“ enregistré à Mexico City en 1962, les orchestrations étant confiées à Ralph Carmichael. Ce dernier renferme le fameux Tres Palabras et les ballades délicieuses que sont Adios Mariquita Linda et No Me Platiques.


Ne pouvant disposer pour sa tournée des cordes de “La Camerata de Yvan del Brado de la Havana Cuba“, orchestre cubain dirigé par Butch Morris, et du crooner Avery Brooks pour chanter ces morceaux, David Murray s’est vu contraint de les adapter pour les dix musiciens de son orchestre, la plupart des morceaux de “Cole Español“ et de“More Cole Español“ constituant son répertoire. Les solistes pallient l’absence de la voix et les thèmes, tour à tour portés et développés par les instruments mélodiques de la formation (saxophones, trompettes trombone et piano), portent des couleurs empruntées aux arrangements de Duke Ellington pour grand orchestre, la section rythmique renforcée par un joueur de congas apportant une saveur purement latine à la musique. Et puis il y a Murray au saxophone ténor. Après avoir subi les influences d’Albert Ayler et de John Coltrane, il semble suivre à rebours l’histoire du jazz. Son goût pour les dissonances et les vastes sauts d’intervalle ne l’empêche nullement de privilégier un discours mélodique à l’harmonie ouverte. Coleman Hawkins et les grands ténors de l’instrument se font ainsi entendre dans le jeu expressif et sensuel d’un saxophoniste aussi puissant que lyrique.


Silverio Puentes Avila et Dennis Hernandez Hernandez (trompette), Roman Filiu (saxophone alto), David Murray et Ariel Bringuez (saxophone ténor), Denis Cuni (trombone), Ivan Gonzalez Lewis (piano), Reinier Elizarde (contrebasse), Georvis Pico Milian (batterie), Yusnier Sanchez Bustamante (percussions).

Au Grand T, 84 rue du Général Buat, Nantes, mardi 10 novembre à 20 heures.

http://www.legrandT.fr

Photo D. Murray © A. Barboza
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Jazz News
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Vendredi 6 novembre 2009
JEUDI 15 octobre

Carte blanche à Kirk Lightsey au Duc des Lombards. Le pianiste choisit d’inviter Ricky Ford qui, dans une forme inhabituelle, crée la surprise. Chapka turque vissée sur la tête, le saxophoniste sculpte des notes brûlantes, les étrangle. La phrase est emportée jusqu’au bout du souffle, avec tendresse et violence. Le son dense, volumineux de son ténor couvre une large tessiture avec une égale puissance. Imperturbable et le blues dans les doigts, Lightsey trempe la musique dans un grand bain de swing et caresse ses notes pour mieux les faire danser. Elles prennent aux tripes, au cœur et font rêver, mais Ford déploie une énergie titanesque dans des improvisations intenses et accapare l’attention. L’homme se donne à fond, vide son grand sac de notes et quitte la scène ses chorus achevés, après avoir soufflé le contenu entier de ses gigantesques poumons. Kirk Lightsey doit conclure les morceaux en trio. Sangoma Everett semble toujours autant s’amuser derrière sa batterie. Très demandé pour la grande précision de ses lignes de contrebasse, Darryl Hall assure avec lui une assise rythmique solide, mais propose aussi ses propres commentaires mélodiques. Une soirée coup de poing pour le moins inattendue.

LUNDI 19 octobre

Harold López-Nussa trio au New Morning dans le cadre du Carefusion Jazz Festival de Paris. Lauréat de la prestigieuse “Montreux Jazz Solo Piano Competition“ en 2005, ce jeune pianiste de 25 ans résidant à La Havane est l’accompagnateur régulier de la chanteuse cubaine Omara Portuondo, la diva du Buena Vista Social Club. Felipe Cabrera, le contrebassiste de son trio, joue également avec elle. Ruy Adrian López-Nussa, le frère d’Harold, complète le groupe à la batterie. Un concert largement consacré à “Herencia“ (Planète Aurora/Harmonia Mundi), premier disque de cette jeune formation enregistré en mars dernier au Studio Recall près de Nîmes par Philippe Gaillot. Harold López-Nussa en a composé la plupart des morceaux. Celui qui lui donne son titre, Herencia (Héritage) est une ballade aux notes très pures. Johann Sebastian Bach se rappelle à notre souvenir dans Los Tres Golpes qui n’en reste pas moins une fantaisie afro-cubaine. Une douzaine d’années passées à étudier le piano classique laisse des traces. Harold se consacre totalement au jazz depuis cinq ans. Danses d’origine africaine, rumba, son, guaguanco (rumba lente propre aux Provinces de La Havane et de Matanzas) font partie de sa culture. Leurs rythmes et leurs couleurs nourrissent son piano et ses compositions. San Leopoldo demande une mise en place très précise. Les solos de batterie de Ruy Adrian, le « petit frère » soulèvent l’enthousiasme. Le trompettiste Mayquel Gonzalez se joint au trio dans  Saudade, une ballade lumineuse, et Pa’Philippe, une danse solaire aux arômes épicés. On suivra de près Harold López-Nussa digne héritier des Chucho Valdes et Gonzalo Rubalcaba, capable d’émouvoir en solo (Mama dédié à sa mère), un véritable espoir du piano cubain.

La photo de groupe a été prise dans la loge du New Morning. De gauche à droite : Harold López-Nussa, Ruy Adrian López-Nussa, Philippe Gaillot et Felipe Cabrera.

MARDI 20 octobre

Le CareFusion Jazz Festival se déplace au Duc. Le pianiste Vijay Iyer s’y produit pour la première fois avec les fidèles musiciens de son trio, Stephan Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie. Leur précédent concert parisien remonte au 13 février. J’ai en rendu compte dans ce blog, ne ménageant pas mes louanges à leur musique particulièrement inventive, à un pianiste qui n’a pas peur de ne pas jouer comme les autres. Je m’attendais à un concert volcanique comme celui du Sunside, il n’en fut rien. Les trois hommes choisirent d’organiser le foisonnement de notes qui naissaient sous leurs doigts, de sculpter la pâte sonore épaisse de leur musique pour mieux en souligner les aspects mélodiques. Vijay Iyer hypnotise toujours par ses accords répétitifs, longs ostinato qui permettent à la contrebasse et à la batterie d'installer un tissu rythmique très dense. Vijay Iyer montra ce soir-là un autre visage, joua un piano moins percussif après un premier concert plus tumultueux à 20 heures. Invité inattendu, Steve Coleman monta sur scène dès le troisième morceau pour y mettre le feu, son saxophone apportant à la musique un poids de notes sauvages et agressives, le trio enivrant par ses cadences inhabituelles, ses mélodies fugitives, abstraites et dissonantes. En duo avec Coleman, Iyer aborda Round Midnight de façon très lyrique, son piano souvent sage surprenant un public guettant l’inattendu, la musique de ce concert ressemblant davantage aux belles pages lentes de “Tragicomic“ le superbe avant-dernier album du pianiste, que de celles du tonique “Historicity“, manifeste d’un jazz neuf et vraiment différent.

MERCREDI 21 octobre

Denise King au Duc. Je connais mal cette chanteuse de Philadelphie que les parisiens ont pu écouter naguère à La Villa rue Jacob. Rencontré il y a quelques jours, Olivier Hutman m’a vivement conseillé d’assister à son concert. Il a été son pianiste, lorsqu’elle s’est produite dans le défunt club de la rue Jacob et me vante ses qualités vocales impressionnantes. Dotée d'une voix puissante et chaude, Denise King chante le blues comme nulle autre. Elle aborde avec un bonheur égal le jazz et la soul dans un répertoire éclectique qui semble lui avoir été taillé sur mesure. Song for My Father d'Horace Silver séduit par son découpage rythmique funky ; abordé sur tempo médium, Take the A Train bénéficie d’une mise en place impeccable ; lent et majestueux, Summertime donne le frisson. Servie par le piano magique d’Olivier Hutman qui apporte une grande gamme de couleurs, trouve toujours les accords et les notes qui conviennent le mieux au miel de sa voix, Denise King chante aussi At Last immortalisé naguère par Ella Fitzgerald et Etta James. Swing, phrasé et diction impeccable, feeling gros comme une montagne, on souhaiterait des disques de la dame sur le marché français. Il n’y en a pas. “Fever“, son dernier enregistrement (2007) est même introuvable.

Avec Dany Michel qui naguère programma Denise King à La Villa, nous marchons jusqu’au New Morning afin d’écouter Jeff “Tain“ Watts. Le batteur, un des meilleurs de la planète jazz, rassemble autour de lui Jean Toussaint au saxophone ténor, David Kikoski au piano et James Genus à la contrebasse. Ne composant pas, il emprunte son répertoire aux autres, joue un jazz moderne trempé dans le blues. Malheureusement il en fait trop : ses bras puissants martèlent ses tambours, mitraillent ses cymbales et la musique ressemble à une exhibition de savoir faire. Couverte par la batterie, la contrebasse n’est pas toujours audible. David Kikoski joue bien des notes inutiles. Dommage, car Jean Toussaint, excellent, prend de bien beaux chorus. Je garde en mémoire un thème de Thelonious Monk très enlevé, joué avec une passion et une musicalité que l’on aurait aimées plus présentes au long de cette soirée.
Photos © Pierre de Chocqueuse
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Vu et Entendu
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Mardi 3 novembre 2009
Le jazz bouge en novembre et nous aussi. Les clubs nous tendent les bras avec une pléiade de concerts parmi lesquels certains sont à ne pas manquer. Parmi ces derniers, je relève Riccardo Del Fra dans un programme consacré aux musiques qu’il a composées pour les films de Lucas Belvaux, mais aussi “La Tectonique des nuages“ présentée dans sa version scénique au Théâtre du Rond-Point, musique de Laurent Cugny (en photo avec Julien Delli Fiori) que l’on retrouve quelques jours plus tard au Sunside en duo avec Enrico Pieranunzi pour un concert alléchant. Les amateurs de découvertes iront écouter le saxophoniste Robin Verheyen au Duc des Lombards, le quartette inédit réunissant Adam Nussbaum, Pierrick Pedron, Hervé Sellin et Riccardo Del Fra au Sunset et le Festival Jazzy Colors du 14 au 27 novembre rassemblant des musiciens de treize pays. On consultera le programme détaillé de cette manifestation sur le net et dans ma sélection mensuelle de réjouissances jazzistiques. N’oubliez pas We Want Miles au Musée de la Musique, exposition qui se regarde et s‘écoute, un casque audio prêté par le musée permettant de se brancher à des bornes audio ou vidéo et de nombreuses niches ovoïdes diffusant de la musique. Exposition qui se raconte tous les jeudis, les conférenciers étant Laurent Cugny (de 19h30 à 21h30 du 5 novembre au 21 janvier) et Philippe Baudoin (de 16h30 à 18h30 jusqu’au 28 janvier). L’autre événement jazzistique de novembre est la sortie le 18 du premier long-métrage de Jean Achache “Un soir au club“ adapté d’un roman de Christian Gailly publié aux Editions de Minuit et lauréat du prix du livre Inter en 2002. Michel Benita a composé presque toute la musique et Antoine Hervé joue les parties de piano de Thierry Hancisse, acteur principal du film avec la fascinante Elise Caron (photo ci-dessus) dont vous lirez courant novembre dans ce blog l’interview qu’elle a m’a récemment accordée.

LES CONCERTS DE NOVEMBRE

-Trop peu connu en France, le saxophoniste Robin Verheyen (photo) est un des grands espoirs du saxophone en Belgique. Il sort un album très réussi sur Pirouet et donne un concert au Duc des Lombards le Jeudi 5 avec les musiciens qui l’accompagnent sur son disque, à savoir Bill Carrothers au piano, Nicolas Thys à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie. Baptiste Trotignon se produit en trio le même soir au Studio SFR, 9 rue Tronchet 75008 Paris  avec Thomas Bramerie (contrebasse) et Franck Agulhon (batterie). Invitations à retirer au Studio à partir de 11 heures le 4 novembre.


-Gretchen Parlato au Sunside les 6 et 7 novembre. Son disque a tardé à nous parvenir. Il donne envie d’écouter la chanteuse sur scène. Un quartette dont Gerald Clayton est le pianiste accompagne une voix très personnelle au service du jazz, du rythme et des musiques du monde.


-Didier et Francis Lockwood occupent le théâtre de l’Alhambra le 9. Les deux frères viennent de publier un joli disque ensemble. Les chanteuses Tangora et Stephy Haïk, le Thomas Enhco trio et le quartette du batteur Jean-My Truong, tous des artistes du label Ames, assureront la première partie du concert. Les 9 et 10 novembre, DAG, trio réunissant la pianiste Sophia Domancich, le contrebassiste Jean-Jacques Avenel et le batteur Simon Goubert fête au Sunside la sortie de “Free 4“, un album envoûtant enregistré avec le saxophoniste Dave Liebman.


-Kurt Elling est attendu au New Morning le 10. Présent dans le dernier album du chanteur consacré à la musique de Duke Ellington, et membre du Quartet West de Charlie Haden aujourd’hui en sommeil, le saxophoniste Ernie Watts l’accompagne. Toujours le 10, au Centre Wallonie-Bruxelles, 46 rue Quincampoix 75004 Paris, le contrebassiste Riccardo Del Fra (photo) jouera les musiques qu’il a composées pour les films de Lucas Belvaux. “Rapt“, le dernier en date, sort le 18 novembre. Sylvain Gontard à la trompette et au bugle, Esteban Pinto Gondim à la clarinette et au saxophone alto, Bruno Ruder au piano, Jean-Luc Landsweerdt aux percussions et le quatuor à cordes de “Rapt“ seront présents sur scène.


-Les pianistes de Miles, une soirée Paris Jazz Club le 11. Une entrée payante donne accès à 4 clubs. En quartette au Sunset, Laurent Cugny joue la musique de Joe Zawinul. Egalement en quartette, Laurent de Wilde (photo) s’attaque au répertoire de Chick Corea au Sunside. Le Baiser Salé accueille le trio de Pierre de Bethmann dans un programme intitulé « Miles Hancock ou Herbie Davis ». Enfin, le Duc reçoit le quintette de René Urtreger, pianiste de l“Ascenseur pour l’échafaud“ et créateur de magnifiques albums bien ancrés dans le bop. “75“, son dernier disque est disponible dans les FNAC Montparnasse, Ternes, Forum et Parly 2. Vous pouvez également le commander à Jeanne de Mirbeck, La Prairie 92410 Ville d’Avray. jdemirbeck@numericable.fr Envoi sous 48 heures dès réception d’une somme de 13€ (frais d’expédition sur l’Europe inclus). Ne tardez pas : mille exemplaires seulement de ce collector ont été fabriqués.     

-Le 12 au Sunset, le batteur Adam Nussbaum donne un concert en quartette avec Pierrick Pedron au saxophone alto, Hervé Sellin au piano et Riccardo Del Fra à la contrebasse. Le casting interpelle. Le même soir au New Morning, Patrice Caratini et son Jazz Ensemble présente “Latinidad“, nouvelle création de l’orchestre dans laquelle les couleurs du jazz se mêlent à celles des îles.

-Melody Gardot à l’Olympia le 13. La chanteuse rassemble autour d’elle un public beaucoup plus vaste que celui du jazz. Très bien produit, son dernier disque fourmille de vraies mélodies qu’elle chante d’une voix troublante. Vous avez bien fait de réserver vos places longtemps à l’avance, l’Olympia affiche complet. –  Les noctambules de la dernière heure n’ont pas tout perdu, puisque le Duc des Lombards programme les 13 et 14 Diane Schuur, figure emblématique du jazz vocal qui se produit pour la toute première fois dans un club parisien. – Egalement les 13 et 14 novembre, le saxophoniste Stéphane Spira et le pianiste Giovanni Mirabassi présentent leur jazz intimiste au Sunside. Ils viennent de sortir un album sur Bee Jazz et nous offrent de partager avec eux leur complicité musicale.


-Le 14 débute le Festival Jazzy Colors organisé par les instituts culturels étrangers à Paris. Le président d’honneur est Daniel Humair et Bojan Z parraine cette septième édition. Le célèbre pianiste et compositeur portugais António Pinho Vargas (photo) en duo avec le saxophoniste José Nogueira ouvre le festival par un concert à l’Institut Hongrois, 92, rue Bonaparte 75006 Paris. Le lendemain 15 novembre  Bojan Z donne au même endroit un concert en solo. Jazzy Colors se déroule jusqu’au 27 novembre. On consultera le programme détaillé sur internet.


-Le 15, le label Gaya Music Production fête sa naissance au Sunside et propose quatre groupes la même soirée pour le prix d’un seul. Le trio de Lionel Belmondo, le sextette de Jean-Philippe Scali, le Rémi Vignolo Akdmic et le Upanishad Experiences du saxophoniste Samy Thiébault se relaieront pour maintenir le public sous pression. – Le même soir, les amateurs de jazz intimiste peuvent choisir de se rendre au Café de la Danse où les attend le trio du contrebassiste Jean-Philippe Viret.


-Ne manquez surtout pas le 16, "La Tectonique des Nuages" donnée à 19 heures au théâtre du Rond-Point dans sa version concert. L’opéra de Laurent Cugny adapté de Cloud Tectonics, une pièce de José Rivera, livret de François Rancillac, dure deux heures. Un prologue et un épilogue la complètent. Pour la bonne compréhension de l’histoire, un narrateur assure les liaisons entre les scènes. David Linx, Laïka Fatien et Yann-Gaël Poncet assurent les voix. L’orchestre de dix musiciens commente l’action et donne de magnifiques couleurs à la musique. Le concert est gratuit, mais la réservation est obligatoire auprès de l’Association Beaumarchais au 01 40 23 45 35.


-Le pianiste Antoine Hervé (photo) poursuit ses leçons de Jazz à  l’auditorium St. Germain. Entreprise de salut public (on n’imagine pas à quel point les Français ignorent tout de la musique en général et du jazz en particulier), ces concerts commentés seront filmés les 16 et 17 pour les besoins d’un DVD. Au programme de ces deux soirées, la musique du grand Oscar Peterson qu’Antoine jouera avec François et Louis Moutin, contrebassiste et batteur émérites.


-Elisabeth Caumont au Foyer du théâtre du Châtelet le 17. Elle ne chante pas du jazz, mais s’entoure de jazzmen pour écrire ses musiques. “Princesse Micomiconne“ son nouvel album contient de jolies chansons. Le même soir, Mélanie Dahan donne deux concerts au Duc des Lombards. Elle aussi allie jazz et chanson française dans “La princesse et les croque-notes“  disque dans lequel elle chante Georges Brassens, Léo Ferré, Claude Nougaro et Charles Aznavour.


-Le trio du contrebassiste Stéphane Kerecki (sur la photo avec Stéphane Spira) - Matthieu Donarier aux saxophones et Thomas Grimmonprez à la batterie - donne deux concerts le 18 au Duc avec l’herculéen saxophoniste Tony Malaby, déjà présent dans “Houria“ , album dont j’ai dit grand bien dans ce blog, l’un des meilleurs de l’année qui s’achève.


-Crooner, saxophoniste et entertainer hors normes, Curtis Stigers sait occuper une scène et tenir un public en haleine. Il se produit en quartette les 20 et 21 au Duc des Lombards. Son dernier disque est un poil moins bien que “Real Emotional“, son précédent opus, mais on peut se laisser tenter.      

-Le Centre Wallonie-Bruxelles propose une conférence sur le jazz en Belgique le 23 à 19 heures. Ecrivain, comédien, homme de radio, le bruxellois Marc Danval nous contera son histoire, ses âges d’or. Au même endroit, mais à 20 heures, le pianiste Eric Legnini donne un concert en solo. Le compagnon de Stefano di Battista, Flavio Boltro porte un nom italien, mais possède la nationalité belge, d’où sa présence aux manifestations jazzistiques qu’organise le Centre Wallonie-Bruxelles à l’occasion de ses trente ans de présence à Paris.


-On retrouve Antoine Hervé et les frères Moutin au Duc les 23 et 24. Vieux complices d’Antoine, François et Louis jouent sur plusieurs de ses albums et ces concerts de novembre promettent de grands moments.


-Immense pianiste, Enrico Pieranunzi sort un nouveau disque en solo et rencontre Laurent Cugny le 25 au Sunside pour des duos à quatre mains dont on attend bien sûr merveilles et émotions.


-Aka Moon le groupe phare de la scène belge au Sunset le 27. Grands voyageurs, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland se sont penchés sur les musiques de très nombreux pays afin de créer la leur, inclassable, métissée et toujours surprenante.


-Lee Konitz et Dan Tepfer au Duc des Lombards le 29. On ne présente plus le saxophoniste qui a fêté ses 82 ans le 13 octobre dernier et enregistre toujours abondamment. On connaît moins Dan Tepfer, jeune pianiste américain né à Paris en 1982, élève de Martial Solal, Kenny Werner, Fred Hersch et du regretté Bernard Maury. Les deux hommes sortent un disque en duo sur Sunnyside (photo) qui met l’eau à la bouche.      


Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com   -  Studio SFR : http://www.lestudiosfr.fr

Sunset - Sunside : http://www.sunset-sunside.com  - Théâtre de l’Alhambra : http://www.alhambra-paris.com

New Morning : http://www.newmorning.com   -  Centre Wallonie-Bruxelles : http://www.cwb.fr

Baiser Salé : http://www.lebaisersale.com   -  Olympia : http://www.olympiahall.com

Festival Jazzy Colors : http://www.myspace.com/jazzycolors  - Café de la Danse : http://www.cafedeladanse.com

Théâtre du Rond Point : http://www.theatredurondpoint.fr    - Auditorium St Germain : http://www.mpaa.fr

Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com

CREDITS PHOTOGRAPHIQUES : Thierry Hancisse
et Elise Caron
António Pinho Vargas photos X/DR - Robin Verheyen © Patrick Van Vlerken/Pirouet Records - Lee Konitz & Dan Tepfer © Sunnyside Records - Laurent Cugny & Julien Delli Fiori, Riccardo Del Fra, Laurent de Wilde, Antoine Hervé, La Tectonique des Nuages, Stéphane Spira & Stéphane Kerecki © Pierre de Chocqueuse.
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Edito tout beau
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Vendredi 30 octobre 2009
Le temps d’une moitié d’album (on espère une tournée pour prolonger la rencontre), DAG, acronyme de Domancich, Avenel, Goubert, invite Dave Liebman à partager l’aventure de leur trio pas comme les autres. Le saxophoniste possède une forte personnalité. Il titille souvent les aigus de son soprano et son jeu est aussi véhément que lyrique. Loin d’afficher une attitude passive, de constituer un simple écrin à sa flamboyance, nos trois musiciens font entendre leurs différences. Dès la première plage, The Day Before, on est saisi par le son volumineux de la contrebasse de Jean-Jacques Avenel. L’instrument n’a sans doute jamais sonné avec tant de profondeur dans Le Sec du Clocher, magnifique composition de Simon Goubert. Admirablement rythmée par ce dernier, la musique prend le temps de respirer et de se construire. S’il offre de véritables thèmes à Dave LiebmanEsteem construit autour d’une grille de blues - , le trio se réserve les plages les plus abstraites. Estampe (19x26), un duo contrebasse – batterie, révèle la poétique d’une improvisation intuitive, liberté que l’on trouve aussi dans de nombreuses pièces de l’album. Au piano, Sophia Domancich joue des  harmonies flottantes et mystérieuses dans A Pâques, une de ses compositions qu’elle aborde en solo. Sorti d’un magma sonore hésitant et informe, The Right Way To Go s’invente au fur et à mesure et semble avoir été entièrement créé en studio. Pour vous, ces quelques Althea rosea évoque le parfum et les couleurs des morceaux de Paul Bley, musique allusive, dont l’intériorité est une mise en espace de sentiments profonds, exploration sonore frémissante et toute en devenir.
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Chroniques de disques
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Mardi 27 octobre 2009

MERCREDI 14 octobre

Merveilleuse soirée passée au Théâtre du Châtelet. La compagnie sud-africaine Isango Portobello donne une relecture colorée et jubilatoire de “La flûte enchantée“ du grand Mozart, avec des chanteurs et des chanteuses découverts dans des townships – Trente trois musiciens acteurs et danseurs. Certains d’entre eux n’avaient jamais mis les pieds dans un théâtre. Mozart composa son opéra en allemand, acte idéologique fort car, en choisissant cette langue, il le destinait à un public bourgeois ou populaire. Interprétée par des artistes d’une autre culture cette “Flûte enchantée“ (“Impempe Yomlingo“) chantée en anglais, en xhosa et dans d’autres dialectes africains, s’adresse également à un public plus large que celui de l’opéra traditionnel. La musique de Mozart est jouée par douze marimbas à touches noires qui offrent de nombreuses nuances sonores. Dirigée par Mandisi Dyantis qui est aussi un des musiciens de l’orchestre, l’Ouverture, fidèlement restituée, constitue une véritable performance sur le plan des timbres. L’instrument accompagne traditionnellement les fêtes dans plusieurs pays du sud de l’Afrique et sa sonorité boisée et chantante hypnotise. L’instrumentation fait également appel à des tambours. Une trompette se substitue à la flûte, et des bouteilles en verre remplacent le jeu de clochettes (glockenspiel) de la partition originale. Dignes des meilleurs ensembles de gospel, les chœurs donnent de grands frissons. Les voix, chaudes, sensuelles, puissantes, subjuguent par leurs couleurs. Les musiciens dansent et jouent pieds nus avec un naturel confondant. Mark Dornford-May, metteur en scène de cette étonnante version africaine de la “Flûte enchantée“, l’a choisie pour ses similitudes avec les rites d’initiations de sa propre culture - épreuves de purification par l’eau et le feu - , et certains contes sud-africains. Dans l’un d’entre eux, un conte tsonga, un être courageux doit entreprendre l’ascension d’une montagne et y jouer de la flûte afin d’empêcher les oiseaux ndlati de provoquer la foudre. Dans l’opéra de Mozart, l’action se déroule en Egypte et emprunte de nombreux éléments du rituel maçonnique. Le compositeur utilise abondamment le chiffre trois dans son opéra – les trois accords de mi bémol majeur (avec trois bémols à la clé) de son ouverture, mais aussi les trois dames voilées envoyées par la Reine de la nuit à Tamino, les trois jeunes garçons qui le guident, les trois portes du Temple de la sagesse et les trois obsessions de Papageno : boire, manger et trouver une femme. Né dans les townships et créé en 2007 au Baxter Theatre de Cape Town, “Impempe Yomlingo“ a été présenté avec succès à Londres (au Young Vic puis au Duke of York Theatre), Dublin, Tokyo et Singapour. Opéra de contrastes (entre masculin et féminin, lumière et obscurité), porteur d’un message philosophique, il s’adresse à toutes les cultures et soulève l’enthousiasme.

Crédits photographiques: Tamino jouant de la flûte ; Papagena & Papageno; Pamina et les trois esprits © Isango Portobello - Groupe avec Tamino © Marie-Noelle Robert.  

Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Vu et Entendu
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Vendredi 23 octobre 2009
Keith Jarrett en solo : le pianiste s’est fait une spécialité de cet exercice sans filet qui consiste à inventer une musique en temps réel. Pour le mener à bien, il possède une vaste culture musicale, et peut compter sur la qualité de son jeu de piano, une technique affinée par des années de concerts. Ceux qu’il donna à Paris, Salle Pleyel, le 26 novembre 2008 et quelques jours plus tard à Londres, au Royal Festival Hall, le 1er décembre, font l’objet de ce coffret de 3 CD sobrement présenté. Le pianiste y crée des mondes sonores contrastés qui témoignent de son éclectisme, et canalise sa pensée dans des improvisations de longueur raisonnable. On est loin des vagabondages hypnotiques des années 70, même si Jarrett n’abandonne pas la pratique des ostinato incantatoires. La pièce la plus brève dure un peu moins de quatre minutes ; la plus longue approche les quatorze. Plus court que celui de Londres, le concert de Paris n’occupe qu’un seul CD. Que ce soit dans l’une ou l’autre de ces capitales, Jarrett commence par des morceaux de forme sonate – on pense à celles d’Alexandre Scriabine et de Serge Prokofiev qu’il a probablement beaucoup écoutées. La musique se déploie, sombre, mélancolique (à Londres), et souvent majestueuse. La première pièce parisienne flirte avec l’abstraction, vagues de notes ondulantes se concluant par le thème apaisé. Le pianiste adopte un tempo nonchalant pour faire chanter et respirer l’avant-dernière pièce de son concert londonien, la onzième. Comme l’écrit avec perspicacité Guillaume de Chassy dans le dernier numéro de Jazz Magazine / Jazzman, « Jarrett donne l’impression fascinante de construire, planche après planche, le pont sur lequel il s’avance au milieu du vide ». Les mélodies apparaissent parfois tardivement comme s’il attendait qu’elles se lèvent, tel le jour après la nuit (Londres, Part.5, une pièce particulièrement acclamée). Il peut aussi les décliner d’emblée et les ornementer par des notes arpégées (Paris, Part.3, Londres, Part.8), ou en faire ressortir la beauté par un jeu sobre et lumineux (Paris, Part.7, Londres, Part.6, des moments splendides ). Jarrett adopte alors la forme chorale, cisèle des pièces très organisées et d’une grande rigueur de pensée. Il contrôle parfaitement la dynamique de son piano et fait entendre l’extrême délicatesse de son toucher. Jarrett peut ainsi faire pleuvoir des cascades de notes perlées ou nous faire voir le bleu du ciel (Londres, Part.4). Certaines improvisations atonales et virtuoses ne convoquent pas la moindre mélodie (Londres, Part.9, simple cadence acrobatique ; Paris Part.4 et Part. 8, cette dernière fascinante de rigueur et de logique). Et puis il y a le blues, souvent présent dans ses voicings, source majeure d’inspiration du pianiste tant à Londres (Part. 7 et 10) qu’à Paris (Part.6, du blues mêlé à des accords de boogie). Le gospel enfin, à Londres, (Part. 3 et 12), le pianiste achevant en état de grâce un concert exceptionnel.
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Chroniques de disques
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Lundi 19 octobre 2009
Cela faisait un moment que Terence Blanchard n’avait pas sorti un album digne de lui. “Bounce“, son dernier opus intéressant date de 2003. Lionel Loueke est déjà le guitariste d’une formation aujourd’hui renouvelée, une sacrée équipe avec le jeune et prometteur Walter Smith III au saxophone ténor et un pianiste pas manchot du tout, Fabian Almazan. Le trompettiste semble avoir pris conscience de la musique un peu mièvre de ses derniers albums. Son requiem pour Katrina (“A Tale of God’s will“) avec orchestre symphonique souffre d’une écriture par trop académique. Blanchard revient donc à des arrangements plus adaptés à ses moyens, laisse le soin à ses musiciens de fournir une grande partie du matériel thématique, lui-même ne signant que trois morceaux. Byus, une composition de Walter Smith III qui ouvre l’album, fait  entendre une musique plus musclée, hard bop modernisé par la guitare de Loueke. Autre nouveauté, la place importante accordée à la voix. Agencé comme une suite, “Choices“ accueille Bilal que les amateurs de nu-soul connaissent bien. Les jazzmen l’ont découvert dans “Mood“ un album du pianiste Robert Glasper enregistré en 2002. Il pose sa voix sur D’S Choice, Winding Roads et Touched By An Angel et chante dans Journey et When Will You Call, l’album s’ouvrant ainsi aux couleurs de la soul. Le trompettiste aurait par contre pu se garder d’inviter le Dr. Cornel West, activiste écrivain philosophe aux discours pontifiants et moralisateurs. Ses récitations de textes cassent un peu le flux musical lorsqu’elles ne sont pas habillées par la musique. Cela mis à part, ce disque regorge de bonne musique. Terence Blanchard conserve Derrick Hodge son contrebassiste et Kendrick Scott son batteur. Derrière cette section rythmique, trompette, saxophone, piano et guitare entrecroisent avec fluidité de savantes lignes mélodiques. Les instrumentaux très réussis restent ouverts à l’imagination des solistes. Terence Blanchard et Lionel Loueke prennent des chorus particulièrement brillants dans Him or Me. Fabian Almazan montre sa sensibilité dans Hacia Del Aire et Touched By An Angel. Magnifiquement arrangé, Winding Roads met en valeur les qualités d’improvisateur de Walter Smith III. Le morceau est de Derrick Hodge qui signe aussi A New World, probablement la pièce la plus funky d’un CD au minutage et à la musique généreuse que l’on aurait tort d’ignorer.
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Chroniques de disques
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Jeudi 15 octobre 2009

JEUDI 24 septembre

Présentation au Duc des Lombards de leur saison 2009/2010. Responsable de la programmation du club, Jean-Michel Proust nous annonce des concerts alléchants. Lonnie Smith en trio, Diane Schuur, le trio de Stéphane Kerecki avec Tony Malaby, Antoine Hervé avec François et Louis Moutin, Lee Konitz et Curtis Stigers sont attendus en novembre. James Moody, Butch Warren, Mark Murphy, Curtis Fuller, le Charlie Haden Quartet West, Yaron Herman, Enrico Pieranunzi, Jean Michel Pilc avec Billy Hart doivent se produire au Duc les prochains mois. Le concert qui suivit le cocktail de presse m’incita à rester. Le Jean Toussaint – Sangoma Everett Quartet réunit quatre personnalités indéniables qui s’investissent profondément dans leur musique, du bop moderne, hard ou lyrique selon l’humeur des musiciens et le répertoire abordé. Méconnu, Jean Toussaint est un des géants du saxophone, l’un des rares ténors à posséder un son et qui raconte une histoire sur son instrument. L’homme a fait ses classes au sein des Jazz Messengers d’Art Blakey. Il joue excellemment de suaves lignes mélodiques, connaît parfaitement l’histoire de cette musique et la trempe dans le blues de manière tout à fait naturelle. S’il sort des notes chaudes et colorées, souffle des attaques profondes et utilise tout le registre de son instrument, Jean Toussaint n’est pas seul à assurer le leadership de ce quartette. Au piano, Kirk Lightsey place de judicieux accords avec une grâce toute féline. Loin de se laisser déborder, il assure un piano funky, joue des rythmes que n’aurait pas désavoué Horace Silver. Le drumming très physique de Sangoma Everett et la solide contrebasse de Riccardo Del Fra assurent un tempo sans faille. Portés par nos quatre mousquetaires, le splendide Vera Cruz de Milton Nascimento et deux compositions de Wayne Shorter aux harmonies flottantes, Mahjong et Pinocchio firent l’objet de versions mémorables. Jean Toussaint sort un magnifique recueil de concerts (“Paris & London Live Sessions“) le 5 novembre sur Space Time Records. Prêtez-y deux oreilles attentives.

 VENDREDI 2 octobre

Daniel Humair fête ses cinquante ans de carrière au Théâtre du Châtelet. L’événement attendu combla nos espérances, et malgré l’absence de musiciens dont l’emploi du temps rendait impossible leur présence, le concert souvent enthousiasmant enchanta un public exigeant. Divisé en deux parties, il commença confus, la contrebasse puissante de Jean-Paul Celea couvrant le piano de François Couturier. Les responsables de la sonorisation firent vite le nécessaire et la musique de Benjamin Britten devint audible, tout comme celle, fort belle, de l’Adagietto de la 5ème symphonie de Gustav Mahler, pièce superbement jazzifiée par les trois hommes, les thèmes partiellement empruntés au répertoire classique, servant une musique raffinée. Après Canticle, une composition de John Surman introduite habilement par la contrebasse, le trio devint quartette avec Louis Sclavis, pour jouer une musique plus abstraite, le clarinettiste lui apportant un flux de notes sauvages et agressives. La tempête se dissipa pour accueillir l’Allegretto de la 7ème symphonie de Beethoven et une jolie ballade dans laquelle François Couturier glissa un chorus de piano aux notes tendres et romantiques. Daniel accueillit son Baby Boom après l’entracte, plantant ses tambours de guerre dans une musique aventureuse, véritable laboratoire musical plein de fantaisie. Avec Christophe Monniot et Matthieu Donarier aux saxophones, Manu Codjia à la guitare et Sébastien Boisseau à la contrebasse, Daniel s’amuse à se surprendre. Le batteur aime jouer avec eux des compositions ouvertes, tissu de propositions en gestation constante et ne se répétant jamais. Improvisations free, volcaniques ou d’un grand lyrisme, les timbres deviennent couleurs et les bruits se font notes pour chanter Mood Indigo de Duke Ellington, l’un des grands moments de la soirée. Après une version décoiffante d’Akagera, jungle sonore nous ramenant à la grande époque du trio Humair, Jeanneau, Texier, le batteur rappela Jean-Paul Celea pour quelques morceaux en trio avec John Scofield. Ce dernier possède un son et un phrasé bien à lui. Sa guitare parle le langage du blues et du gospel. Lonely Woman et un traditionnel dont le titre m’échappe témoignèrent de l’opportunité de cette rencontre qui s’acheva comme le veut la tradition par une jam session finale. Sur scène, trois saxophones, deux guitares, deux contrebasses et un piano chantèrent le blues, firent danser des tourbillons de notes multicolores. J’allais oublier Daniel jubilant et heureux derrière ses caisses. Un sacré jubilé !

VENDREDI 9 octobre

Elise Caron et Lucas Gillet au Triton. Bien que d’accès facile en métro, Les Lilas n’est pas tout près du Paris d’où je viens, mais pour Elise, on traverserait la Manche à la nage. J’avais très envie d’entendre live “A Thin Sea of Flesh“, magnifique recueil de poèmes de Dylan Thomas mis en musique par Lucas Gillet. Publié au printemps dernier, l’album distille un charme irrésistible. Sur la scène du Triton, les couleurs superbes de l’album furent parfaitement restituées par Elise, Lucas (au piano et aux synthétiseurs) et cinq autres musiciens (David Aubaile, claviers et flûte ; Fernando Rodriguez, guitare ; Jean Gillet, basse électrique ; Pascal Riou, batterie ; Thomas Ostrowiecki, batterie), Phil Reptile à la guitare rejoignant le groupe à la fin du concert. Cette “mise en mélodie“ commence par un long prélude instrumental installant une ambiance, la musique bénéficiant d’arrangements étudiés. In the Beginning : percussions et batterie installent un rythme qui prend chair avec la voix qui chante et déclame une poésie très musicale. Les morceaux exigent une grande précision tant instrumentale que vocale et font beaucoup penser à la pop anglaise des années 70. On entend Henry Cow, John Greaves, Caravan, National Health, mais aussi Genesis (The Tombstone Told When She Died) dans les orchestrations colorées de Lucas Gillet, étranges comptines aux textes obscures et hermétiques. Elise envoûte par une voix chaude et sensuelle. Sa tessiture lui permet de chanter sur plusieurs octaves, d’exprimer une large palette d’émotions. Elle peut aussi chanter du jazz et ceux qui la découvriront dans "Un soir au Club", un film de Jean Achache dont elle est l'actrice principale (sortie le 18 novembre) risquent d’être surpris par le phrasé qu’elle adopte et maîtrise. Sa voix répond à la flûte de David Aubaile dans The Force that Through the Green Fuse, et au piano de Lucas Gillet dans le très beau The Hunchback in the Park, un souvenir d’enfance de Dylan Thomas. Deux pièces sont particulièrement réussies : Paper and Sticks, seul texte réaliste de Thomas qui, de ce fait, voulait l’exclure de ses œuvres complètes, et And Death Shall Have No Dominion (le morceau préféré d’Elise). Introduit par un hang, sphère de métal sonnant comme un steeldrum, les instruments entrent progressivement habiller un thème magnifique. Les accords rêveurs d’une guitare enveloppent délicatement une voix très pure qui fait battre le cœur.
Photos © Pierre de Chocqueuse
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Vu et Entendu
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Lundi 12 octobre 2009
Portée par les rythmes de deux complices qui ont grande habitude de les marquer ensemble, de les rendre souples et musicaux, la musique de cet album, le premier qu’enregistre sous son nom le contrebassiste Diego Imbert, concilie parfaitement écriture et improvisation au sein de compositions dans lesquelles ressort pleinement le jeu ouvert des musiciens. Ecrits avec soin, habilement agencés sur le plan de la forme, les morceaux réservent de grands espaces de liberté aux membres du quartette. Diego improvise, s’autorise deux courtes pièces en solo, mais préfère soutenir, entretenir un dialogue actif avec les autres  instruments, donner et tenir le rythme tout en jouant de belles lignes mélodiques (Les fils). Les cadences de sa contrebasse n’ont pourtant rien de forcé. Autour de l’instrument, véritable pivot d’un quartette qui ne souffre nullement de l’absence d’un piano, rythmes, mélodies et improvisations s’articulent souplement. Diego Imbert peut compter sur Franck Agulhon, batteur puissant qui distribue les temps sur les toms et les cymbales et commente avec beaucoup d’à propos le discours des solistes. David El-Malek au saxophone ténor et Alexandre Tassel au bugle s’entendent on ne peut mieux. Les deux hommes chantent les thèmes à l’unisson, dialoguent, improvisent des histoires brèves, courts motifs musicaux qui leur servent d’échanges (Léo). Les instruments s’unissent, se séparent pour mieux écouter et répondre, fournir de subtils contre-chants (Le garde Fou, Les dents qui poussent). La forme chorale de certaines pièces (Mr. OC) évoque certains arrangements de Gerry Mulligan, mais la diversité des combinaisons rythmiques et l’intelligence harmonique dont fait preuve les souffleurs ancrent la musique dans une perspective contemporaine. L’introduction  flottante et onirique de La tournerie des drogueurs évoque Red, composition de Tony Williams qui figure sur son premier album Blue Note. De nombreux changements de tempo en modifient constamment la respiration. Carthagène qui lui succède est une des plus belles plages du disque. Les vents soufflent les couleurs d’un thème lyrique se développant crescendo. Le bugle lui apporte la douceur de son timbre et le saxophone adopte toujours un langage mesuré, loin des notes brûlantes, des phrases paroxystiques auxquelles il nous a habitué. Agencé comme une suite, “A l’ombre du saule pleureur“ apporte la preuve que tout est possible lorsqu’une vraie complicité existe au sein d’un groupe et qu’une section rythmique fonctionne et inspire les solistes.
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Chroniques de disques
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Mercredi 7 octobre 2009
Deuxième album enregistré en duo par Gary Peacock et Marc Copland après le très beau “What It Says“ pour Sketch Records en 2002, “Insight“ porte bizarrement le même nom qu’un disque solo de John Taylor également produit par Philippe Ghielmetti pour le défunt label Sketch. Perfectionniste, à la recherche d’autres variations possibles, Marc Copland réenregistre souvent les mêmes thèmes, leur donne à chaque fois un son, une couleur harmonique particulière. Avec Gary Peacock et Paul Motian, il nous a déjà offert une version en trio de All Blues dans “Voices“, second volet de ses “New York Trio Recordings“. Marc joue aussi ce thème en solo dans “Time Within Time“ (hatOLOGY). Autre pièce de Miles Davis proposée ici, Blue in Green fut également gravé par Copland lors de la séance new-yorkaise de juin 2006 qui donna lieu à son premier disque en duo avec Peacock. Ne cherchez pas le morceau sur “What It Says“. Il n’existe que sur un CD promotionnel qui était offert avec le n°546 de Jazz Magazine. La version en est plus courte et Gary joue une contrebasse plus musclée, attaque ses notes de manière plus agressive. Contrairement à All Blues qui ouvre le disque, Blue in Green convient bien au piano sensible et raffiné de Copland qui aime à en colorer délicatement l’harmonie. Marc  l’a d’ailleurs repris deux autres fois ces dernières années, en duo avec David Liebman (“Bookends“) et en quartette avec John Abercrombie, Drew Gress et Jochen Ruckert (“Marc Copland And“), deux disques publiés sur le label hatOLOGY. River’s Run de Copland a fait l’objet de deux autres versions en duo et en trio. The Pond, un original de Peacock, est construit sur un ostinato, de même que The Wanderer, une pièce courte et onirique qui semble avoir été improvisée en studio. La main droite du pianiste égraine des harmonies étranges, de courtes phrases jouées legato. La contrebasse apparaît brièvement avant la coda. Mieux agencé, Matterhorn fait davantage  rêver. Si Rush Hour génère de nombreux échanges, Goes Out Comes In, voit les deux instruments monologuer avant de se rejoindre et magnifiquement dialoguer. Benediction joliment introduit à la contrebasse, et le délicieux Cavatina de Stanley Myers, contiennent des harmonies qui semblent tomber du ciel. Les accords étonnent et respirent, Marc donne les plus subtiles nuances à ses notes grâce à la finesse de son toucher et à son jeu de pédales qui en modifie subtilement les sonorités. Deux standards achèvent de convaincre : In Your Own Sweet Way de Dave Brubeck et Sweet and Lovely. Loin de constituer des redites, les versions proposées débordent d’invention. On les applaudit des deux mains.
Par Pierre de Chocqueuse - Publié dans : Chroniques de disques
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